Histoire

1976-2026 : XXIIe congrès du PCF, que reste-t-il de l’« eurocommunisme » ?




L’eurocommunisme est un courant du communisme né en Europe de l’Ouest dans les années 1970 qui cherchait à concilier le communisme avec la démocratie parlementaire en prenant de l’indépendance vis-à-vis de l’URSS. Le Parti communiste français (PCF) a été l’un des partis communistes initiateurs de ce courant, mais l’a renié lors de son XXIIe congrès.

En février 1976, il y a 50 ans, le PCF tenait son XXIIe congrès à Saint-Ouen. Parfois considéré comme son apogée, le parti était alors pris depuis une dizaine d’années dans un grand élan de rénovation. En effet, l’intervention du pacte de Varsovie en 1968 pour faire taire le printemps de Prague et le « socialisme à visage humain » l’avait poussé à se réinventer. La plupart des partis communistes occidentaux n’avaient pu que dénoncer l’intervention russe, et le caractère carcéral des « démocraties populaires » devenait tous les jours plus indéniable. En parallèle, un vent progressiste semblait s’être emparé de la planète, et des luttes semblaient éclore partout dans le monde.

Le XXIIe congrès était donc un moment essentiel de la « transformation démocratique » du PCF. Il entérinait cette stratégie de l’« eurocommunisme » que développaient en simultané plusieurs partis communistes d’Europe (notamment les partis italien et espagnol). Il s’agit d’adapter la stratégie révolutionnaire à la période en construisant une voie vers le socialisme par la démocratie, par la conquête d’une majorité. Ainsi, le PCF (qui pouvait rêver à ce moment de grands succès électoraux) acceptait de jouer le jeu de la démocratie bourgeoise.

Lors de ce congrès, le parti acta donc son nouveau mot d’ordre d’« union du peuple de France », slogan aguicheur et rassembleur, et abandonna cet autre de « dictature du prolétariat » qui lui semblait par trop démodé et rattaché à l’URSS. Mais il ne le fit pas après mûres réflexions théoriques, il s’agissait davantage alors de se marketer comme un produit désirable dans la grande course des élections. Georges Marchais (secrétaire général du PCF de 1972 à 1994) ne s’y trompait pas, l’explication qu’il proposait tenait au sens commun pris par chacun des deux mots. « Dictature » faisait peur après les expériences fascistes et « prolétariat » semblait trop excluant pour un mouvement qui entendait dorénavant rassembler tout le « peuple ».

On en oubliait la signification de l’expression dans la théorie marxiste. Mais comment penser qu’il puisse en être autrement ? La course électorale commençait déjà à imposer ses règles, quatre ans après la signature du programme commun entre le PCF, le ­Parti socialiste (PS) de Mitterrand et le Mouvement des radicaux de gauche (MRG).

Pire : ce congrès qui devait acter une renaissance démocratique fut surtout une énième démonstration de l’hyper­centralisme du PCF. Georges ­Marchais évoque, par exemple, la question de l’abandon de la «  dictature du prolétariat  » pour la première fois en direct à la télévision, avant le congrès, à la fin des préparations. Si la déstalinisation était proclamée au dehors, la hiérarchie de fer restait bien vivante au dedans.

Que reste-t-il alors de l’eurocommunisme ? En un mot : rien. Ou pas grand-chose. Le Parti communiste italien a disparu. Les partis communistes espagnols et français ne sont plus que ­l’ombre de ce qu’ils furent. Le PCF, en proposant un programme moins radical, plus « rassurant », moins clivant, abandonnait le chemin de la ­lutte des classes et commençait sa lente descente aux enfers. Au début des années 1980, il sombra dans l’électoralisme le plus crasse, le plus raciste, en menant des politiques anti-immigration.

Wendelin (UCL Alsace)

 
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