2006 : la rue gagne le retrait du CPE !

Il y a 20 ans, un mouvement étudiant et lycéen rejoint par les salariées et soutenu par la population obtient le retrait du contrat première embauche (CPE), un contrat précaire à destination des moins de 26 ans.
Le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois, Zyed Benna et Bouna Traoré trouvent la mort, alors qu’ils sont poursuivis par la police. C’est le point de départ d’émeutes qui embrasent les quartiers populaires. À la réponse sécuritaire, succède une réponse politique basée sur le préjugé que la jeunesse des quartiers populaires serait éloignée de l’emploi. Dominique de Villepin, alors Premier ministre, annonce en janvier 2006 la très mal nommée loi pour l’Égalité des chances (LEC) qui prévoit l’apprentissage à partir de 14 ans, le travail de nuit à partir de 15 ans et la suspension des allocations familiales dans les cas d’absentéisme scolaire, ainsi que le CPE, un contrat réservée aux moins de 26 ans qui peut être rompu sans motif durant une période d’essai étendue à deux ans.
Rennes 2 et Poitiers sont les premières universités à voter la grève le 7 février et initient un mouvement massif et déterminé de trois mois de la jeunesse scolarisée. Le 7 février, les manifestations interprofessionnelles réunissent 400 000 salarié∙es. Elles en compteront 3 millions lors des journées de grève des 28 mars et des 4 avril.
Le mouvement est marqué par une forte auto-organisation : facs et lycées s’organisent en Assemblées générales (AG) et en coordination. La coordination nationale étudiante, composée de délégations mandatées par les AG, joue un réel rôle de coordination de la lutte à l’échelle nationale.
Le mouvement est extrêmement populaire et si l’incendie ne gagne pas, des mobilisations interprofessionnelles importantes dans le monde du travail viennent soutenir le mouvement.
Le 31 mars 2006, lors d’une allocution télévisée suivie par 20,6 millions de personnes, le président de la République Jacques Chirac déclare qu’il va promulguer la loi sur l’Égalité des chances, dont les dispositions relatives au CPE, tout en demandant qu’aucun contrat ne soit signé sans que ne soient modifiées les dispositions les plus contestées. Le mouvement est à son plus fort et la plupart des universités sont paralysées par la grève. Les actions coups de poing se multiplient. Le 10 avril, Dominique de Villepin annonce que « les conditions ne sont pas réunies » pour que le CPE s’applique. La rue vient de faire reculer le gouvernement et le patronat qui doit renoncer à un contrat symbole d’une généralisation de la précarité. Elle a remis au goût du jour la perspective de grèves généralisées et obtenue une des dernières victoires d’ampleur sur le plan interprofessionnel.
Aurélien (UCL Montreuil)





