Syndicalisme

54e congrès de la CGT : Rien n’est réglé !




Des votes très majoritaires et des échanges relativement apaisés mais sans débats sérieux sur les défis et divergences que la CGT doit affronter. Des orientations très générales sans réelle feuille de route. Premier bilan.

Avec un bilan d’activité voté à 80 %, des résolutions adoptées autour de 75 % des mandats et une élection sans problème de la direction confédérale, le 54e congrès a conforté le binôme de direction autour de Sophie Binet et Laurent Brun. Le contrôle des interventions par le bureau de congrès en lieu et place du micro ouvert habituel (et parfois folklorique) a permis un filtrage qui a laissé la parole aux virulences caricaturales – notamment aux proches de l’Union pour la reconstruction communiste (URC) – mais pas aux vrais enjeux.

Entre l’annonce de la Confédération syndicale internationale (CSI) qui condamne le blocus de Cuba et l’invitation de Sophie Binet au congrès de l’AFL-CIO  [1], une grande première, la direction se targue de peser dans le syndicalisme international. Du coup, les néostaliniens et néostaliniennes opposées à la CSI sont bizarrement restées silencieux et silencieuses durant la semaine alors qu’ils et elles multiplient des réunions publiques problématiques dans les départements  [2].

Sur le front de l’unification syndicale, la démarche de la Maison commune  [3] est validée sans débat, mais rien n’avance réellement. Et pas de position claire sur l’articulation entre l’agenda négocié dans le cadre intersyndical et l’action indépendante de la CGT.

Pas d’option claire entre syndicats d’entreprise et syndicats d’industrie  [4] sinon un droit confus à l’expérimentation de syndicats locaux d’isolés. « Confus » parce qu’un syndicat local d’industrie n’est viable que s’il repose sur les entreprises organisées de la même profession. « Confus » parce que le rejet (de peu) de la création d’une commission de médiation n’a pas permis de résoudre les obstacles à la création de ces syndicats au moment de leur double affiliation fédérale et territoriale. Les contentieux continueront donc de paralyser la vie syndicale ou de se trancher devant la justice.

Le protocole contre les violences sexistes et sexuelles a été intégré aux statuts. Un vote toutefois relativement symbolique puisqu’il s’appliquait déjà et qui n’a surtout suscité aucun débat sérieux sur ses différentes faiblesses. En particulier sur le manque de moyens qui empêche un traitement rapide des signalements.
Un mot enfin sur l’importance des unions locales (UL) et unions départementales (UD) qui sont largement évoquées durant le congrès, mais sans décision majeure sauf une pression sur les syndicats de base pour qu’ils accordent plus de moyens. Alors que ce sont les fédérations qui possèdent réellement les moyens financiers et détachements syndicaux. Un déséquilibre qui pèse sur le bon fonctionnement démocratique au sein du Comité confédéral national – l’organe souverain entre deux congrès confédéraux composé d’un ou une représentante de chaque fédération et de chaque UD. Ce déséquilibre et son impact feront l’objet d’un prochain article.

Jean-Yves (UCL Limousin)

[1Principal regroupement syndical aux États-Unis.

[2Co-organisées URC, fédération de la chimie et UD adhérentes à la Fédération syndicale mondiale.

[3Lire aussi «  Unifier pour mieux lutter  », Alternative libertaire n° 359, avril 2025. https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Syndicalisme-Unifier-pour-mieux-lutter

[4Lire aussi «  Les enjeux du 54e congrès de la CGT  », Alternative libertaire n° 370, avril 2026. https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Congres-syndical-Les-enjeux-du-54e-congres-de-la-CGT

 
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