À Contre Courant : Pour l’émancipation sociale !

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Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduit l’édito de la revue alsacienne À Contre Courant, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex.


Et l’affrontement ?

Finalement, ils sont assez rares dans l’Histoire ces moments privilégiés où l’affrontement de classes est assumé et organisé par ceux qui subissent contre ceux qui sévissent. Ce n’est pas tomber dans un pessimisme exagéré que d’avancer l’hypothèse que la période actuelle n’est pas caractérisée par de fortes offensives prolétariennes. Pour la France, c’est évident.

Si aujourd’hui de nombreux tracts de mobilisation et d’argumentaires sur les retraites décrivent avec clarté la situation et les dégâts programmés par le pouvoir, le Medef et la finance, il ne s’agit finalement que de descriptions. Pour qu’elles soient élevées au rang de revendications, il aurait au moins fallu qu’elles soient accompagnées de propositions d’actions de nature à faire fléchir l’adversaire de classe. Quand on se contente par exemple de faire observer que l’élimination de la fraude fiscale suffirait à résorber plusieurs fois le « trou » des retraites, cela reste de l’ordre de la jérémiade ; proposer, en plus, une occupation des centres des impôts jusqu’à la nomination par le gouvernement d’un nombre suffisant d’agents du fisc capables de régler le problème, ouvrirait d’autres perspectives. Oui, mais là (presque) personne n’ose, car on sent bien que cela fait peur à (presque) tout le monde. Aux oppresseurs, bien sûr. Aux opprimés aussi, hélas. Dans quelques tracts, les plus audacieux sont allés jusqu’à évoquer la nécessité d’un autre partage des richesses, mais sans oser proposer les moyens par lesquels on arrachera ces richesses à ceux qui les accaparent.

Autre exemple : le débat qui ces temps-ci se focalise sur la sortie ou non de l’euro donne aussi l’impression d’une querelle d’experts où chacun saurait mieux que l’autre fournir la meilleure analyse de la situation et la meilleure technique pour en sortir. Reprendre ce que l’oligarchie financière nous a volé à travers les mécanismes des dettes publiques en annulant purement et simplement lesdites dettes relèverait-il donc d’un réflexe primaire ? Non, mais obtenir pareille redistribution des richesses nous obligerait à fomenter un choc frontal et particulièrement vigoureux avec le capitalisme. Il est plus confortable et rassurant de concocter quelques finasseries monétaires, sans trop s’interroger sur le partage des richesses qu’elles induiraient en l’absence de luttes consistantes. Lesquelles paraissent impensables et ne sont donc pas pensées.

Le triomphe sans partage d’une classe dominante sans cesse à l’offensive, mais aveugle, ne peut que conduire à une catastrophe, comme l’a déjà montré l’histoire du capitalisme. Faudra-t-il attendre que cette catastrophe advienne pour que ceux d’en bas engagent enfin l’affrontement ? Lequel est certes nécessaire, mais ne sera pas forcément suffisant s’il ne s’organise pas en désignant clairement l’adversaire de classe.

 
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