A contre courant : Copenhague, compassion sans solution ?

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Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduit l’édito de la revue alsacienne À Contre Courant, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex.


La liturgie annoncée où les grands de ce monde auraient psalmodié en chœur « Nous faisons tout pour sauver la planète » n’aura pas lieu. Sarko, notre omni-président, après s’être présenté avec force gesticulations comme le sauveur du monde de la finance, s’apprêtait pourtant à officier en sauveur suprême de la planète. Il se targuait d’avoir « expliqué à Obama qu’il devait être présent à Copenhague », que la « portée du symbole » valait le déplacement. Mais le cérémonial prévu tourne à la cacophonie …

Ils espéraient occulter le fiasco de Kyoto, alors que l’effet de serre s’et accru de 35 %, et que, par conséquent, le marché spéculatif des droits à pollution n’est pas la solution ! Ils comptaient masquer la logique du capitalisme qui considère la nature comme un réservoir de ressources infini et un dépotoir sans fonds où l’on peut déverser les déchets ! Ils escomptaient sans vergogne assujettir les pays du Sud à leurs marchandages de CO2 à l’aide de quelques charitables aumônes. Et Sarko de croire qu’il suffisait de rallier les USA et la Chine à la chimère de la financiarisation de la crise écologique ! Ses fanfaronnades ont fait long feu.

Et pourtant, la messe était bien préparée. La présidence danoise s’était instituée grand prêtre du bréviaire que tous devaient accepter. Mal lui en prit, une Eglise dissidente confectionnait en catimini un autre catéchisme schismatique. Celui des pays du Sud. Ils réclamaient une aide massive, des transferts de technologie et proclamaient : les pays capitalistes du Nord, pollueurs depuis le 19e siècle, devaient pour l’essentiel supporter la réduction des émissions de CO2. L’annonce d’une aide de 7 milliards sur 3 ans faite par l’Europe ne les a pas leurrés : « insignifiant ! ».

Au-delà des murs gardés par une myriade de policiers, en dehors de ce conclave feutré, se joue le vrai combat de Copenhague, celui de la mobilisation des peuples. 522 organisations, représentant 67 pays protestent : « Changer le système, pas le climat », « la croissance infinie n’est pas possible dans un monde fini ». Le 12 décembre, ils étaient 100 000 à manifester, jamais une telle mobilisation n’avait été atteinte lors d’une conférence sur le climat, même si, faut-il le préciser (!) les syndicats étaient peu présents ! Et pourtant, la question écologique est un enjeu social. Les victimes principales des tragédies climatiques seront les populations les plus vulnérables, l’Afrique subsaharienne, l’Asie, l’Amérique du Sud et les pays insulaires. Mais la ploutocratie mondialisée et les dignitaires des Etats industrialisés n’ont d’autres stratégies que celles faisant jaillir de nouvelles sources de profits. La misère du monde, les catastrophes climatiques à venir, ce n’est pas leur problème. C’est le nôtre, celui des peuples du monde débarrassés du système capitaliste productiviste et énergivore. Il ne s’agit plus de sortir de la crise du capitalisme mais de sortir du capitalisme en crise pour éviter la barbarie.

 
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