A contre-courant : Un cocufiage en règle

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Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduit l’édito de la revue alsacienne À Contre Courant, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex.


Fin octobre dernier, à Paris, s’est déroulé un événement à portée historique-mondial, bien que relevant aussi du carnet mondain : les épousailles de l’écologie et de l’économie, de Mme la Terre avec Monsieur le Capital. Baptisé « Grenelle de l’environnement », il avait été soigneusement préparé par des semaines de concertation entre les représentants des deux partis, Medef en tête d’un côté, associations, organisations et mouvements écologistes de l’autre. Et la cérémonie avait été célébrée en grande pompe par Bouffon Imperator [1] en personne, sous le haut patronage de Saint-Nicolas Hulot, et couvert comme il se doit par les médias unanimes pour en souligner l’importance en tirant des salves d’éditos tous plus louangeurs les uns que les autres.

Certes, certains esprits chagrins avaient déjà fait remarquer alors que Monsieur le Capital avait soustrait du contrat de mariage certains éléments importants de son patrimoine. Il n’avait été question ni de sortir du nucléaire (pas question de peiner EDF et Areva) ni de dire non aux agrocarburants (pas question de pénaliser la FNSEA), bien au contraire. Ainsi, les déchets nucléaires étaient-ils d’emblée autorisés à continuer à s’entasser en polluant la planète pour les siècles des siècles ; tandis que les agrocarburants réputés « verts » devenaient la réponse de choix au réchauffement climatique, et ce alors même qu’ils constituent une catastrophe écologique potentielle au regard de laquelle on finira par regretter celle générée par l’usage des combustibles fossiles.

Les mêmes esprits chagrins faisaient aussi remarquer que les termes du contrat de mariage étaient souvent remarquablement flous quant aux obligations imposées à Monsieur tout en restreignant souvent les prétentions de Madame. Ainsi donnait-on la priorité au recyclage des déchets ménagers sur leur incinération… tout en continuant à autoriser la construction de nouveaux incinérateurs, à condition de prouver que c’est « un ultime recours ». Quant à la taxe carbone, le seul engagement était d’en « étudier la création ».

Dans ces conditions, il était prévisible que Monsieur le Capital reprenne rapidement ses mauvaises habitudes contractées lors de sa longue vie antérieure de célibataire, sans considération aucune pour ses engagements bien faibles envers sa nouvelle conjointe. Le tout avec la bénédiction de l’État, pourtant garant en principe du respect des engagements matrimoniaux. Ainsi, au mépris des promesses faites, de multiples projets de construction ou d’extension d’autoroutes (autour de Bordeaux, à travers les Landes, à travers la Moselle pour joindre Luxembourg, autour de Grenoble, à travers la Haute Savoie, entre Chartres et Tours, etc.), pour certains antérieurement abandonnés, sont mis ou remis sur la table par les DDE (directions départementales de l’équipement). Quant au projet de loi visant à interdire la culture des OGM, il vient d’être parlementairement modifié, en première lecture, en loi autorisant cette culture par le Sénat. Gageons que l’Assemblée nationale, qui doit l’examiner début avril, aura à cœur de bétonner cette nouvelle autorisation à polluer notre environnement.

Bref, moins de quatre mois après son mariage, Mme la Terre est bel et bien cocue ! Et, avec elle, tous les naïfs garçons d’honneur écologistes qui avaient tenu sa traîne lors de la cérémonie de cet automne. Ils ne restent plus qu’à pleurer avec elle sur sa vertu outragée.

[11. Cf. Alain Brossat, Bouffon Imperator. Les cent (premiers, hélas) jours du Bouffon morbide, Editions Ligne, 2008.

 
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