Antipatriarcat

Afghanistan : Ségrégation et persécution des femmes, rompons le silence




En Afghanistan, le régime taliban a récemment encore durci la législation pour invisibiliser, bâillonner et asservir les femmes aux hommes. À l’approche du 8 Mars, l’UCL Montreuil a invité Shakiba Dawod, féministe réfugiée en France, à nous en parler.

Qui parle encore des femmes afghanes ? Plus grand monde, s’inquiète Shakiba Dawod, membre du Parlement des exilés, une association principalement composée de réfugiées de Syrie, d’Iran, d’Irak, de Guinée, du Kurdistan et d’Afghanistan.

Après leur retour au pouvoir à Kaboul en août 2021, les talibans ont relégalisé la ségrégation qui frappe plus de 15 millions de femmes : interdiction d’école et de sport pour les filles de plus de 12 ans, interdiction d’exercer un métier, d’accéder aux soins ou de se déplacer seules en public, dépénalisation du mariage des fillettes dès l’âge de 6 ans (la prescription religieuse étant de ne pas les forcer à une relation sexuelle avant l’âge de 12 ans…). Depuis janvier 2026, un nouveau Code pénal autorise les violences conjugales (sauf si le mari inflige une « blessure sérieuse »).

Pourtant, la normalisation du régime taliban se poursuit. En juillet 2025, Moscou le reconnaissait officiellement. Quatre mois plus tard, Berlin accueillait ses diplomates. La Commission européenne, elle, étudie « la potentielle organisation de renvois » des réfugiées en Afghanistan.

Des écoles clandestines

Qu’en est-il de la résistance des femmes, sur place comme en exil ?

Dans des conditions économiques catastrophiques, des Afghanes protestent et bravent la répression, allant jusqu’à faire du vélo en public ou à manifester dans la rue à visage découvert. Des groupes se cotisent pour louer une pièce à un complice masculin et y installent des écoles clandestines. Les jeunes filles les fréquentent au péril de leur vie. Malgré l’interdiction, des sages-femmes aident des femmes à accoucher.

Dans l’exil, la situation n’est pas brillante. En France, la destruction des camps de migrantes par la police disperse et isole les exilées. « Nous pensions faire vivre le futur de l’Afghanistan en exil, mais nous n’avons pas réussi à construire de projet ou de manifeste, regrette Shakiba Dawod. Aujourd’hui on se cantonne à de l’accompagnement administratif et quelques soirées de soutien. » Le cœur de la production intellectuelle de l’Exil afghan se trouve en Allemagne, à Berlin, au sein de la plateforme Afghanistan Women’s Studies Academy (AWSA), qui entretient des relations sororales avec les militantes iraniennes et kurdes. L’association Revolutionary Association of the Women of Afghanistan (RAWA), fondée à Kaboul en 1977, existe toujours en exil et, malgré les menaces, continue de défendre la démocratie, la laïcité et le féminisme. Mais globalement, les exilées s’expriment trop peu, déplore Shakiba Dawod, qui dénonce par ailleurs la dérive de certaines personnalités, comme la championne de taekwondo Marzieh Hamidi, qui est allée jusqu’à cautionner l’islamophobie du groupe d’extrême droite Némésis.

Rappelons qu’avant 2001, la solidarité avec les Afghanes était un thème récurrent du mouvement féministe en Europe. L’invasion de l’Afghanistan par l’Otan, en prétendant y « apporter la démocratie et libérer les femmes » a ensuite conduit à vingt ans d’autocensure, par crainte d’être amalgamé à un agenda impérialiste. Il est temps d’en finir avec cette autocensure.

Des camarades de l’UCL Montreuil

 
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