Air France : La base reste maîtresse du jeu

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La grève des hôtesses et stewards fin octobre a été massive, forçant l’unité syndicale. Malgré les tentatives de division de la direction, les salarié-e-s ont fait bloc. La tentative de lancer également la grève parmi les personnels au sol a hélas échoué.

Les stewards et hôtesses d’Air France (14 000 agents) ont mené fin octobre pendant cinq jours une des grèves les plus massivement suivies (80 % du personnel) depuis longtemps. La grogne s’était installée contre les conditions de travail et des salaires jugés insuffisants par une population jeune, dont les perspectives de carrière apparaissent dérisoires.

Une des clés de la réussite a été l’unité de la quasi-totalité des organisations – exceptée l’Union des navigants de l’aviation civile (Unac), un syndicat corpo. La jeune section SUD-Aérien, constituée par d’ex-cégétistes, a été un des moteurs de l’intersyndicale qui, contre toute attente, a tenu bon malgré les tentatives de division de la direction, mais surtout grâce à la mobilisation sans précédent des salarié-e-s…

Il est clair que cette intersyndicale sous haute surveillance de la base n’a pas été du goût de tout le monde. Le président d’Air France a tenté dès le premier jour du conflit de convoquer les… bureaux centraux des syndicats. Mais ce sont les sections syndicales de base qui ont donné le la, en refusant de se laisser déposséder de l’action.

La direction a alors tout tenté : intox auprès des médias et des passagers, en affirmant que la quasi-totalité des vols serait assurée, menace de représailles judiciaires contre les syndicats signataires de la « veille sociale »… sans résultat !

Au sol aussi on s’énerve

Les personnels au sol d’Air France à Roissy (8 000 personnes) sont également de plus en plus excédés par les exigences de productivité de la direction, qui prend le nom, ici, de Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC). En novlangue managériale cela signifie en fait gestion prévisionnelle des suppressions d’emplois (avec l’aval de la CFDT et de FO).

Profitant du mouvement des stewards et hôtesses, SUD-Aérien a donc appelé à la grève des personnels au sol. Plutôt bien suivi le 28 octobre sur Roissy, ce mouvement aurait pu être un succès si l’intersyndicale avait voulu l’étendre. Ça n’a pas été le cas, y compris de la part de la CGT, l’Unsa appelant carrément à ne pas faire grève !

À la fin de la grève des hôtesses et stewards, l’intersyndicale a entamé les négociations. À ce jour, la direction tergiverse toujours sans faire de propositions concrètes sur les rémunérations. SUD-Aérien et certaines sections CGT appellent les salariés de la compagnie à la grève sur les salaires pour le 20 novembre.

Procope Séméniouta (AL Transcom)

Air France – KLM : Riche comme Crésus

Les résultats d’Air France-KLM sont exceptionnels : 1,2 milliard d’euros de résultats d’exploitation (+ 35,5 %) en 2006. Le salaire du PDG, Jean-Cyril Spinetta, a augmenté de 28,5 % (environ 1,3 million d’euros annuels). Et 39 millions d’euros ont été attribués aux 39 plus hauts cadres pour alimenter une retraite complémentaire…

<titre|titre=incroyable mais vrai : Un accord secret>

Au printemps 2007, les mécanos des centres de maintenance d’Air France (Orly, Roissy, Toulouse, Le Bourget) décidaient le boycott de la signature des bons de travaux : une sorte de grève administrative qui rendait les équipements inexploitables.

La direction attaque alors la CGT, la CFDT, FO, la FCTC et SUD-Aérien devant le TGI de Bobigny pour action illégale. Le tribunal lui donne raison, et les syndicats retirent le mot d’ordre de boycott, sous peine d’astreintes financières astronomiques. La direction pousse son avantage en initiant une nouvelle procédure contre les syndicats, accusés d’avoir fait perdre 480 millions d’euros à la compagnie.

Intervient alors un deal quelques semaines plus tard : les bureaux centraux CGT-CFDT-FO-CFTC signent une « transaction » restée secrète. Sur 18 pages, ces syndicats s’engagent à ne pas soutenir ce type d’actions sauvages et à désavouer leurs sections locales le cas échéant. Seul SUD-Aérien n’a pas eu ce document en main – il a été présenté dans les grandes lignes par le biais d’un rétroprojecteur ! – et a refusé de le signer. La direction a alors retiré sa plainte contre les 4 syndicats signataires… et l’a maintenue contre SUD. L’affaire est en cours, mais il serait intéressant que l’ensemble des salarié-e-s ait connaissance de ce document !

Cette stratégie a cependant son revers : un certain nombre de sections syndicales CGT ont hurlé contre leur bureau central. Et cela explique en partie leur échec à dessaisir les sections de base durant la grève des hôtesses et stewards. Les temps sont durs, mais l’exigence démocratique a également et malgré tout la peau dure !

Procope S.

 
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