Amérique latine : Des luttes populaires contre un climat délétère

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Les rencontres Elaopa sont nées en 2003 en alternative au Forum social mondial, et sont alors pensées comme un espace de discussions pour les mouvements sociaux et les organisations autonomes. Le point en quelques lignes sur les enjeux des rencontres 2012.

Les rencontres latino-américaines d’organisations populaires autonomes (Elaopa) [1] ont été organisées dans différents pays d’Amérique Latine, en regroupant des organisations politiques, des syndicats, des associations et des collectifs aux activités les plus diverses (écologie, féminisme, quartiers, culture, etc). Les réflexions menées, qui se veulent loin des considérations intellectuelles et institutionnelles, sont articulées autour des réalités spécifiques des luttes quotidiennes, ce qui a amené une coordination autour de quatre commissions : syndicalisme, droits humains, Terre et environnement et quartiers.

Pour l’année 2012, plusieurs rencontres nationales sont prévues, afin de rassembler mouvements et organisations participant à la construction de l’Elaopa au niveau local, d’aborder en profondeur les thèmes propres et de mieux les articuler au niveau international lors des 10e rencontres qui auront lieu début 2013 au Brésil. Deux grands axes de travail ont été déterminés en fonction des grandes attaques affrontées par les mouvements sociaux latino-américains : réformes de l’éducation et plan IIRSA (Intégration des infrastructures sud-américaines), déjà évoqué depuis les 8e rencontres [2].

L’une des premières rencontres de 2012 s’est déroulée en Uruguay, les 11 et 12 février derniers, organisée, entre autres, par la Fédération anarchiste uruguayenne (FAU).

[*Résister à l’exploitation*]

Le plan IIRSA élaboré en 2000 prévoit la création de structures de communication et s’inscrit dans la lignée du Plan Puebla-Panama ou projet méso-américain, en Amérique centrale, tous coordonnés par les États-Unis dans le cadre de l’Alca (zone de libre échange des Amériques). Que signifie ce plan pour les peuples d’Amérique du sud ? Fidèle aux pratiques coloniales, ce plan impérialiste va continuer de déplacer et de plonger dans la misère les populations paysannes dont les terres seront expropriées pour y bâtir des routes. Pour ceux qui résistent, la recette a déjà été bien testée : répression policière, menaces, massacres... Un climat de terreur qui se retrouve dans les quartiers où les gouvernants tentent de contrôler la misère. Ce type de « développement » promeut également la généralisation de monocultures, polluant les sols et appauvrissant les diversités locales, renforçant l’exploitation des travailleurs et des travailleuses. En Uruguay, en cinq ans, on est passé de 970 000 à 1 737 000 hectares cultivés en monocultures et latifundios [3].

[*La réforme Promejora*]

En Uruguay, comme au Chili, l’éducation est en passe de devenir une marchandise. En 2011, a été votée la réforme Promejora qui introduit des financements privés dans les institutions scolaires, et va vers plus de professionnalisation des cursus, au service des marchés. Les syndicats et organisations de quartier uruguayens dénoncent une éducation pour les riches, appellent à défendre un enseignement populaire et à prendre position comme classe travailleuse et habitante des quartiers.

[*Construire l’autogestion*]

La ligne directrice de ces rencontres reste la construction d’un pouvoir populaire autonome, qui parte de la base et soit capable de résister à l’oppression capitaliste tout en proposant de véritables alternatives. Le développement de réflexions et d’analyses collectives est primordial pour développer des outils de lutte contre les classes dominantes. Dans cette optique, le travail de terrain est central, et passe par la pratique de l’autogestion et l’intégration de toutes et tous, notamment dans les quartiers, où se croisent les multiples oppressions. Des pratiques de solidarité et de coordination dont il faudra s’inspirer, notamment lors des rencontres internationales de l’anarchisme de Saint-Imier, cet été.

Camille (AL Toulouse)

[2Voir Alternative Libertaire n°196, juin 2010.

[3Immenses exploitations agricoles, à la main-d’œuvre particulièrement précarisée.

 
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