Antifascisme : Dieudonné, néo-naze

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Le buzz déclenché par l’« affaire Dieudonné » a le mérite de rendre manifeste que le pseudo-comique est maintenant à 100 % un propagandiste d’extrême droite. Raciste comme le gouvernement, fraudeur du fisc comme les capitalistes, il n’a rien d’anti-système, mais demeure dangereux de par le succès qu’il rencontre.

Au premier abord, les discours de Dieudonné ont l’apparence de la démence. Ainsi quand, il y a deux ans, il estimait dans une interview à la télévision iranienne que, le sionisme, c’était « la perversion, le vice, le mensonge », qui veut « à la fois fois exister en souterrain et au grand jour », et que « en dessous, c’est toute la planète qui est touchée et infiltrée par cette maladie ».

Pourtant, Dieudonné est parfaitement lucide et conscient de ce qu’il fait. Il manie la provocation avec habileté pour se poser en victime et renforcer la croyance de ses supporters en un grand complot des « sionistes » (entendre les juifs), qui tireraient les ficelles au coeur du système.

Le mois de janvier aura été une illustration de ce phénomène. À l’origine, une remarque au cours d’un « sketch » sur le journaliste Patrick Cohen, regrettant que ce dernier n’ait pas fini en chambre à gaz, entraîne une indignation plutôt compréhensible. Quelques quenelles plus tard, Valls rebondit sur la polémique en appelant les préfets à annuler les spectacles de l’antisémite.

Antisémitisme sans ambiguïté

À Nantes, le 9 janvier, l’arrêté de la préfecture de Loire-Atlantique interdisant le spectacle qui devait se tenir le soir même est d’abord suspendu par le tribunal administratif de Nantes, mais la décision est elle-même annulée par le Conseil d’État quelques heures plus tard. Une telle rapidité de jugement, exceptionnelle de la part de la plus haute autorité administrative de l’État, ne pouvait que laisser penser à des esprits qui, comme celui des dieudonnistes, ont déjà des penchants conspis, que des pressions au plus haut niveau avaient eu lieu. Peut-être n’ont-ils d’ailleurs, pour une fois, pas tout à fait tort.

Certes, Dieudonné sort de l’épisode doté d’une réputation d’antisémitisme sans ambiguïté pour beaucoup de gens. Mais pour une minorité trop dépolitisée pour voir à travers les grosses ficelles de la stratégie Dieudonné, il est maintenant auréolé du prestige du résistant, de celui contre qui « tout le monde » au sein du « système » est.

Pourtant, Dieudonné n’a rien d’anti-système. Son antisémitisme, sans doute sincère, est aussi un fonds de commerce, qui lui permet de remplir ses salles et de vendre des billets plusieurs dizaines d’euros, en substituant des provocations racistes monomaniaques à un humour en panne.

Dieudonné est aussi, comme bien des capitalistes français, un fraudeur fiscal : en octobre 2012, une partie de ses biens avait été saisie pour permettre au fisc de recouvrer 887 000 euros d’impôts impayés. Le commerce de la haine est manifestement lucratif.

Dieudonné est également visé par une enquête pour blanchiment et « organisation frauduleuse d’insolvabilité », pour échapper aux amendes, d’un montant total d’environ 65 000 euros, infligées notamment pour ses propos antisémites.

Amalgame

Dieudonné n’est pas non plus antisioniste, si on entend par là le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien en lutte pour ses droits. Jamais, en effet, il n’a apporté un quelconque soutien concret à ce mouvement. Pire, il n’a fait que rejoindre la droite pro-israélienne dans l’amalgame juif/sioniste que des organisations comme le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) s’efforce d’effectuer afin de pouvoir assimiler tout mouvement de solidarité avec les Palestiniens à une forme d’antisémitisme – alors même. On l’a vu encore récemment avec la campagne menée contre la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanction (BDS), menée à l’appel de la société civile palestinienne pour mettre en place, pacifiquement, une pression économique sur Israël. Des militantes et militants de BDS ont ainsi pu être poursuivis et parfois condamnés ces dernières années.

Dieudonné, par l’amalgame qu’il favorise entre l’antisionisme dont il se réclame, par exemple avec la liste présentée aux européennes de 2009 avec Alain Soral, et l’antisémitisme qu’il propage effectivement, fait ainsi cause commune avec les ennemis du peuple palestinien.

Par son antisémitisme, Dieudonné se fait aussi l’alter ego de toutes celles et ceux qui, jusqu’au sommet de l’État, s’efforcent de profiter de l’angoisse suscitée par la crise pour stigmatiser une population. Comme Manuel Valls, spécialiste des propos racistes contre les Roms et les musulmans.

Propagandiste dangereux

Mais si le racisme semble être, malheureusement, l’une des choses les mieux partagées en France aujourd’hui, on peut toutefois noter que les sorties de Dieudonné font couler plus d’encre que d’autres, pourtant du même acabit. Ainsi, Gilles Bourdouleix, député-maire de Cholet (Maine-et-Loire), avait déclaré à propos des Roms : « Comme quoi, Hitler n’en a peut-être pas tué assez ». À propos d’une population qui faisait, comme les juifs, l’objet d’un projet d’extermination de la part des nazis, les propos n’ont pas grand chose à envier à ceux de Dieudonné sur Patrick Cohen. S’il a dû démissionner de l’Union des démocrates et indépendants (UDI), l’homme politique a conservé ses mandats sans susciter le quart de l’indignation actuelle. Mais comment en serait-il autrement quand le ministre de l’Intérieur lui-même affirme que les Roms n’ont pas vocation à s’intégrer en France, et encourage les expulsions ?

Dieudonné n’en est pas moins un propagandiste dangereux car couronné de succès depuis un bon moment. Outre ses spectacles, pour lesquels il était parvenu à vendre parfois dans les 5 000 billets, comme à Nantes, ses vidéos diffusées sur YouTube ont cumulé 40 millions de vues depuis mars 2011 sur sa chaîne « iamdieudo », et il est suivi par 260 000 abonnés. Sachant qu’il se montre régulièrement avec des personnalités d’extrême droite, comme le négationniste Robert Faurisson, ou tout récemment avec Serge Ayoub, à qui il a offert une tribune pour que le leader d’extrême droite puisse diffuser sa désinformation sur le meurtre de Clément Méric, assassiné par ses ouailles. Dieudonné fait planer le risque d’une popularisation des idées d’extrême droite, racistes et conspirationnistes. Il est à prendre au sérieux. Si le gouvernement vient seulement de se rendre compte du danger, nous le combattons depuis des années, et nous continuerons.

Vincent (AL Paris-Sud)

 
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