Antimilitarisme : Guerre à la guerre dans la belle province

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Entre les émeutes contre la conscription (1917-1918), et la déclaration de la loi des Mesures de guerre (1970), visant à casser le mouvement de la gauche indépendantiste, l’esprit antimilitariste reste une constante de la culture populaire québécoise.

À chaque occasion, invasion de l’Irak, Liban, Afghanistan, c’est toujours par dizaines ou centaines de milliers que la population descend dans la rue, s’opposer à la guerre.

Mais en 2007, le gouvernement canadien se lance dans une historique campagne de recrutement militaire, la plus importante depuis la Seconde Guerre mondiale. Des millions de dollars sont investis en campagnes publicitaires, des reportages complaisants sur le départ de « nos » troupes et sur leurs familles ponctuent l’actualité, de longs cortèges funèbres hautement médiatisés ont lieu chaque fois qu’un de « nos soldats » perd « bravement » la vie, etc. Sans oublier, bien entendu, que les forces armées s’invitent dans les parcs, aux événements sportifs et publics de même que dans les établissements scolaires.

Retape militaire à l’école primaire

Au Saguenay, à Saint-Charles-de-Bourget en 2007, un « projet éducatif de valorisation de la carrière militaire » eut même lieu dans une école primaire, où l’Armée expose aux enfants les bienfaits de la guerre.

C’est du mouvement étudiant que s’organisa la riposte. En 2007, des dizaines de kiosques de recrutement de l’Armée canadienne sont énergiquement expulsés des campus. Les étudiants organisent des lignes de piquetage, perturbent les activités des recruteurs ou, plus énergiquement, procèdent à leur renvoi immédiat. Des actions de ce type ont lieu dans des dizaines de CEGEP [1] et d’universités. Bien souvent, l’Armée doit annuler ses activités au point qu’on note une franche baisse de leur présence sur les campus dès 2008.

Résistance… armée ?

Depuis, un calme presque inquiétant semblait planer sur la Belle Province. Où sont toutes ces organisations citoyennes qui manifestaient si énergiquement depuis 2001 ? La population aurait-elle finalement baissé les bras ? Pas tout à fait… Le 1er juillet 2010, fête nationale du Canada, Résistance internationaliste (RI) fait exploser une bombe artisanale dans un centre de recrutement de l’armée.

« RI sort à nouveau de l’ombre pour joindre l’historique opposition populaire aux pratiques et aux idéaux militaristes de l’État canadien, et pour s’assurer que les pouvoirs politique, économique et militaire ne poursuivent pas impunément l’entreprise d’endoctrinement justifiant leur aventure impérialiste. » [2]. Le communiqué revendiquant l’action est sans ambiguïté : « Hostile aux prétentions militaires insufflées par Washington, la population est la cible permanente d’une propagande abjecte où l’occupation étrangère de l’Afghanistan est travestie en mission civilisatrice. Les apôtres des “valeurs démocratiques” et les “sauveurs” des femmes afghanes sont les soldats d’une armée qui donne la torture en sous-traitance […]. « Nos soldats » sont les mêmes qui, hier, ont écrasé le peuple métis, maté à maintes reprises des mobilisations ouvrières, mitraillé l’opposition québécoise opposée à la conscription, imposé la Loi des mesures de guerre, assiégé une communauté amérindienne pour un terrain de golf, renversé un gouvernement haïtien démocratiquement élu, et qui demain, nous imposeront les diktats du marché et la soumission fiscale ». [Extrait du communiqué officiel de RI] [3]

Résistance internationaliste [4] en est à son troisième attentat. En décembre 2004, lors de la visite de George Bush au Québec, une installation d’Hydro Québec explose pour dénoncer le « saccage et le pillage des ressources au profit de l’empire états-unien » ; deux ans plus tard, en « réponse aux innombrables exactions perpétrées par les pétrolières voraces que sont Esso, Shell […] et tous leurs mercenaires », RI fait exploser la voiture de Carol Montreuil, vice-président de l’Institut canadien des produits pétroliers et principal porte-parole québécois de cette industrie. Sa voiture a explosé et pris feu devant sa maison, en banlieue nord de Montréal. La « guerre à la guerre » n’est donc pas terminée. Alors que le gouvernement annonçait de nouveaux budgets pour l’Armée (+ 31% depuis 2001) et la poursuite de l’occupation afghane jusqu’en 2014 (sans validation par la Chambre des élus), il semble que ce front de lutte doive être énergiquement réinvesti. Dernièrement, le Rage, nouvelle organisation anticapitaliste en milieu étudiant, voulait relancer la campagne contre les forces armées canadiennes. Espérons que ses efforts seront aussi énergiques qu’en 2007-2008. Car si notre siècle n’en est toujours qu’à ses débuts, il rivalise déjà avec le précédent en termes de force brutale et de violence.

Marc André Cyr (Union communiste libertaire, Montréal)

[1Collège d’enseignement général et professionnel, regroupent des étudiant-e-s entre 18 et 20.

[2Pour lire le communiqué en entier : http://www.cyberpresse.ca/

[3Ibid

[4Nous en savons très peu à propos de cette organisation. Les quelques communiqués publiés nous renseignent un peu sur ses idées mais il est trop tôt pour lui donner une étiquette idéologique précise.

 
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