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Australie : Face à la menace fasciste




Nos camarades de l’organisation Anarchist Communist Federation (ACF) ont récemment publié un article sur la montée du fascisme en Australie dans leur journal Picket Line. Nous retranscrivons ici cet article qui fait état de l’accroissement des idées et des actes d’extrême droite dans ce pays.

Partout dans le monde, l’extrême droite prend le pouvoir comme par exemple aux États-unis, au Royaume-uni et en France. Et aujourd’hui, en Australie, l’extrême droite gagne du terrain. Le 31 août, des rassemblements coordonnés intitulés « March for Australia » (Marche pour l’Australie) ont eu lieu dans tout le pays. Des dizaines de milliers de personnes ont été mobilisées sous les mots d’ordre : « Mettons fin à l’immigration massive » et « Gardons l’Australie blanche ». Ces rassemblements ont été organisés, et dans de nombreuses villes dirigés, par le National Socialist Network (NSN, pour Réseau national-socialiste), une organisation nazie.

Marche du NSN à Ballarat avec une banderole « L’Australie pour les Blancs ».
Wikimedia/NSN

L’implication du NSN était évidente dès le début, mais cela n’a pas empêché des politiciens et politiciennes comme Pauline Hanson [1] et Bob Katter [2] d’y participer en tant qu’oratrices et orateurs. Au moment où nous préparons ce numéro de Picket Line, le parti One Nation de Hanson est passé de 6 % à 12 % dans les sondages.

Parmi les pays listés précédemment, aucun n’est encore arrivé au stade de la dictature fasciste. Mais la menace du fascisme est réelle et croissante.

L’une des différences essentielles entre aujourd’hui et les années 1930 est que la résistance de la gauche est beaucoup plus faible. Sans la menace de la lutte des classes, le capital limitera les tendances antidémocratiques de l’extrême droite, préférant un gouvernement de droite ordinaire au fascisme. Mais partout où les travailleurs et travailleuses se soulèvent, la droite et les patrons se radicalisent contre la démocratie capitaliste.

L’extrême droite en Australie

Ici, en Australie, l’extrême droite ne dispose pas d’un parti important au parlement, et le nazisme est une idéologie marginale. Mais l’arrivée d’un groupe marginal au gouvernement n’est pas impossible. Des partis comme le Rassemblement national trouvent leurs origines dans ce type de clubs néofascistes, et Nigel Farage influençait déjà le Parti conservateur britannique bien avant que Reform UK [3] ne prenne la tête des sondages.

L’extrême droite a déjà tenté de se généraliser. En 2015, un groupe hétéroclite de néonazis a tenté de capitaliser sur l’islamophobie avec Reclaim Australia [4]. Se faisant passer pour des « mères et pères ordinaires », ils et elles ont réussi à mobiliser des milliers de personnes dans des campagnes racistes, comme celle visant à empêcher la construction d’une mosquée dans la ville de Bendigo.

Les contre-mobilisations antifascistes ont contribué à faire échouer ces campagnes. Mais la vérité est que nous avons aussi eu de la chance. Reclaim était désorganisé et dominé par des dirigeants stupides incapables de s’entendre. Il était également relativement facile de découvrir qui était derrière tout cela et de révéler leur véritable agenda. En fin de compte, ce sont les mesures répressives de la police qui ont le plus contribué à écraser les fascistes et les antifascistes.

Ce que nous voyons aujourd’hui est différent. La crise générale dans laquelle se trouve le capitalisme nous a rattrapés. Le soutien aux grands partis est en forte baisse et les gens se radicalisent sous l’effet du mouvement de masse en faveur de la Palestine. Dans ce contexte, le NSN représente un nouveau type de menace. Comparé aux groupes d’extrême droite précédents, il est discipliné et bien organisé.

Il affiche également ouvertement ses opinions politiques. Contrairement à Reclaim, il n’essaie pas de tromper les gens pour qu’ils soutiennent le fascisme. Son objectif est de démontrer sa force en tant que puissance capable d’écraser la gauche. Il a pour but d’intimider violemment les socialistes, les personnes queers, les migrants et migrantes et les autochtones – comme le montre l’attaque contre le campement de protestation autochtone, Camp Sovereignty [5]. En se donnant une image de puissance, il vise à renforcer ses rangs et à servir de troupes de choc pour un mouvement d’extrême droite plus large. À en juger par la réaction de nombreux participants et participantes à la « Marche pour l’Australie », ce mouvement plus large est ouvert à l’idée d’inclure des nazis dans sa coalition.

Antifascisme signifie lutte des classes

Nous ne pouvons pas ignorer la vermine fasciste qui envahit nos rues. Les petites choses peuvent mener à de plus grandes. Cela vaut aussi bien pour nos ennemis que pour nous-mêmes.

La classe ouvrière a tout intérêt à vaincre le fascisme, car celui-ci n’a pour unique but que de détruire le mouvement ouvrier par le biais de meurtres de masse. Lorsque les choses tourneront mal et que la révolution sera à l’ordre du jour, les patrons et les politiciens capitalistes seront enclins à s’y joindre.

Nos camarades de l’Anarchist Communist Federation (Australie) étaient présentes et présents à la manifestation antiraciste de Melbourne le 13 septembre 2025.
Tommy (ACF)
Tommy (ACF)

Ainsi, lorsque les fascistes se mobilisent, nous devons en faire autant. Non pas en petits groupes vêtus de noir et cherchant la bagarre, mais en tant que masses de travailleurs et travailleuses. Nous devons affronter les fascistes directement, en tant que syndicalistes, anarchistes, marxistes, féministes et groupes communautaires organisés. Tout comme nous, les fascistes se sentent démoralisés lorsqu’ils sont en infériorité numérique et empêchés de défiler. Nous devons tendre vers ce but.

Mais à long terme, la mobilisation seule ne suffit pas. Nous devons nous organiser. Les racines du fascisme se trouvent dans les crises générées par le capitalisme. Le fascisme ne pourra jamais être vaincu tant que le capitalisme survivra. Aux travailleurs et travailleuses qui ont cédé à l’apathie, et même à celles et ceux qui sont sensibles aux mensonges fascistes et à la désignation de boucs émissaires, nous devons offrir une véritable solution. Cette solution, c’est la solidarité de classe. C’est la lutte contre les patrons et contre le gouvernement, en faisant front en tant que classe ouvrière unie. La solution, c’est la révolution.

Anarchist communist federation, organisation sœur australienne de l’UCL

[1Sénatrice et figure de l’extrême droite, fondatrice du parti national-conservateur Pauline Hanson’s One Nation.

[2Député et fondateur du parti nationaliste et conservateur Katter’s Australian Party.

[3Parti d’extrême droite issu d’une scission du parti UKIP, partisan du Brexit.

[4Parti australien ouvertement islamophobe.

[5En 2025, plusieurs néo-nazis de NSN ont attaqué des Aborigènes lors d’une manifestation. Attaque qualifiée par la suite de «  crime de haine  ».

 
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