Babcock Wanson : La grève, des jalons pour l’avenir

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Du 18 octobre au 3 novembre, des travailleurs de l’entreprise Babcock, à Nérac (Lot-et-Garonne), se sont mis en grève. Principalement issus des ateliers de production, les grévistes ont travaillé à dépasser le caractère minoritaire de la grève et réussi à faire évoluer le rapport de forces au sein de l’entreprise.

L’entreprise Babcock Wanson de Nérac, dans le Lot-et-Garonne, est un établissement composé de 143 salarié-e-s, où les ateliers ne représentent qu’un tiers des effectifs. C’est au sein de ces ateliers que commence le mouvement, autour d’un noyau dur de 20 grévistes principalement issus de l’atelier chaudronnerie. À ce noyau dur s’associa une trentaine d’autres ouvriers de l’entreprise. La contestation du projet gouvernemental sur les retraites et la conviction que le problème des retraites, des salaires et de l’emploi sont liés, ont bien évidemment favorisé l’émergence du conflit. Ainsi la plupart des ouvriers du noyau dur ont participé aux journées nationales de grèves de septembre et octobre. Un autre facteur déclencheur a été le renforcement significatif du nombre d’ouvriers syndiqués à la CGT au sein de l’atelier chaudronnerie, en particulier de jeunes de moins de 30 ans. Ce sont eux qui ont mené cette grève.

Une direction sourde aux revendications

Leurs motivations étaient doubles : d’un coté un ras-le-bol face aux méthodes de contrôle de plus en plus insupportables mises en place par la direction. De l’autre, une insatisfaction profonde face à leur salaire. La direction profite de la quasi absence d’emplois industriels dans la région pour les faire stagner, après 10 ans d’expérience, autour de 1200 euros nets, pour un travail très qualifié et exercé dans des conditions pénibles : chaleur, bruit, fumées... Le 12 octobre, le syndicat CGT appelle à une AG qui permet aux salarié-e-s de tous les secteurs de l’entreprise d’exprimer leurs revendications. Une seconde AG, le 14, permet d’amender et de voter le cahier de revendications. Pendant cette AG, les ouvriers de la chaudronnerie annoncent leur intention de se mettre en grève dés le lundi suivant. Le cahier est présenté à la direction par les délégué-e-s CGT et puisque les revendications n’obtiennent pas satisfaction... la grève démarre le 18 comme prévu.

S’ouvrir aux non-grévistes

Les ouvriers s’organisent alors en AG permanente de grévistes. Dépasser le caractère minoritaire de la grève est au cœur de leurs préoccupations : information régulière des non-grévistes, organisation d’AG ouvertes aux non-grévistes, consultation de tous salarié-e-s sur les revendications, pétition de soutien signée largement par la majorité des non-grévistes et par un nombre significatif de cadres, repas de solidarité pour récolter des fonds... Les grévistes s’adressent aussi aux salarié-e-s des autres établissements du groupe CNIM au travers de tracts diffusés par les syndicats CGT de ces établissements, et participent aux manifestations nationales du mois d’octobre et à des actions de blocages filtrants avec des militantes et militants CGT et FSU de l’Albret. Enfin ils gèrent collectivement les relations avec la presse et les négociations avec la direction.

Faire changer le rapport de force

Au final, les grévistes se rendent à l’idée qu’une généralisation du mouvement au niveau national ne semble pas possible et qu’ils ne peuvent pas renforcer le rapport de force pour imposer des reculs supplémentaires à la direction. L’AG des grévistes décide le 3 novembre au soir de signer un protocole de fin de grève : le résultat principal est un gain de 55 euros mensuels pour tous les ouvriers, moins de la moitié de l’objectif que les grévistes s’étaient donné. Mais ce conflit a permis au rapport de force dans l’entreprise d’évoluer en faveur des salarié-e-s. Surtout, les jeunes grévistes ont beaucoup appris de ce conflit, point positif pour l’avenir. Sans compter qu’à court terme, ils pourraient bien s’associer aux actions collectives qui ne manqueront pas de s’organiser dans la continuité du mouvement social en cours.

Jacques Dubart (AL Agen)

 
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