Baccalauréat 2019 : grève avec mention

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L’édition 2019 du baccalauréat restera dans les annales. Pour la première fois depuis 1968 une grève l’a fortement perturbée, obligeant la Rue de Grenelle à des mesures d’exception. Retour sur deux semaines qui ont fait vaciller le ministère de l’Éducation nationale.

Le printemps 2019 aura enfin sonné la fin de l’état de grâce pour Jean-Michel Blanquer au ministère de ­l’Éducation nationale. Rare ministre du gouvernement à être à la fois fin politique et compétent dans son domaine, il ne manque jamais une occasion de défendre, dans les médias, son projet éducatif qui serait uniquement guidé par l’intérêt des élève et des enseignant·es.

En 2018, la mobilisation contre la réforme du lycée n’avait pas pris. Pourtant, le malaise enseignant était omniprésent sur les réseaux sociaux : « stylos rouges », succès du hashtag #Pasdevagues, etc. Puis sa réforme « Pour une école de la confiance » a mis le feu aux poudre dans le 1er degré. Les professeur·es des écoles sont descendus dans la rue en nombre, les parents ont occupé les écoles, les banderoles ont fleuri sur leurs frontons. Et Blanquer a dû reculer sur certaines dispositions.

Un premier coin était enfoncé, tandis qu’un vent de contestation soufflait contre les réformes du lycée général et technologique (qui va renforcer les phénomènes de sélection sociale) et celle du lycée professionnel (qui réduit les enseignements du socle commun).

Avec le sentiment d’inutilité des journées de grève isolées, une petite musique s’est fait entendre, même parmi les collègues les moins militants : il fallait utiliser le levier du bac. Une intersyndicale CGT-SUD-FSU-SNALC-CGC a donc osé l’appel à la grève le 17 juin, premier jour des épreuves du bac. Soudain, la pression est montée d’un cran !

Le ministère a fait savoir que tous les moyens seraient mis en œuvre pour garantir la tenue des épreuves. Les établissements ont recruté des vacataires, mobilisé tous leurs personnels, parfois regroupé les candidat·es dans le réfectoire pour économiser des surveillant·es. Au soir du premier jour, Blanquer plastronnait : les épreuves s’étaient tenues malgré le boycott, au prix de bricolages et de dysfonctionnements. Le jour même, l’intersyndicale le douchait en le sommant de négocier, sous peine d’une poursuite de l’action. Car après les épreuves, il y a une étape cruciale : la correction des copies.

Contre-attaque sur la correction

Et en effet, les jours suivants, les réunions de correcteurs et correctrices ont souvent viré à l’assemblée générale. Les profs de philo de plusieurs académies se sont mis en grève pile le jour du retour des copies. Dans une petite dizaine d’académies, d’autres matières leur ont emboîté le pas. À la bourse du travail de Paris, plusieurs centaines de profs ont voté la grève. On a rapidement dépassé le chiffre symbolique de 100 000 copies retenues.

Le ministre a alors alterné messages rassurants en direction les familles et menaces contre les grévistes (sanctions disciplinaires et pénales, retrait de quinze jours de salaires…). Rien à faire, ils et elles ont tenu bon. Les syndicats, démentant le ministère, ont confirmé la légalité de l’action. Au matin de la publication des résultats, les copies n’étant toujours pas là... ordre a été donné d’inventer des notes ! Des enseignantes et enseignants non grévistes ont alors déserté les jury, malgré les menaces, refusant de participer à cette mascarade.

Finalement, les assemblées générales ont voté la fin de la grève et le retour des copies. Mais le bac 2019 aura été fortement perturbé, dans toutes ses filières : des centres de correction du bac agricole ont dû être débloqués par les gendarmes, on a compté plus de 50 % de grévistes dans certains centres de correction du bac pro, les vrais résultats du bac général n’ont pas pu être publiés à la date prévue…

Les réformes s’appliqueront dès septembre et il est probable que la mobilisation continue en s’étendant aux collègues qui en subiront les effets concrets. Sans compter la réforme des retraites, qui touchera de plein fouet les enseignant·es. L’été 2019 aura rappelé que l’action collective, décidée collectivement, permet d’établir un rapport de forces. Et c’est le genre de réflexes qu’il est toujours bon d’avoir.

Aurélien (UCL Grand-Paris sud)

 
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