Brésil : La coupe est pleine... de luttes

Version imprimable de cet article Version imprimable


En 2007, le Brésil a été choisi pour accueillir la Coupe du monde de football de 2014. Lula (Parti des travailleurs) alors au pouvoir, avait en tête l’idée de couronner neuf ans de gouvernance par un gigantesque spectacle sportif, supposé mettre en valeur les soi-disant avancées (sociales, économiques) du Brésil des ¬dernières années. Mais au cours des derniers préparatifs du Mondial, le cours des choses s’est inversé : lassé-e-s des inégalités sociales grandissantes et de la dictature de la Fifa, les brésiliennes et brésiliens se mobilisent.

Les luttes qui ont éclaté ces derniers temps ont pour but de défendre les droits acquis, dans un contexte de crise économique impérialiste, et où les droits des travailleurs et travailleuses du monde entier sont attaqués. Ainsi, il faut voir le pillage de l’argent public, avec la précarisation du travail, les pressions sur les salaires, la suppression de droits, la modification des lois et la criminalisation des mouvements sociaux. Cette politique est le résultat de l’impérialisme mondialisé des multinationales qui rognent sur les droits sociaux pour se garantir des bénéfices.

Au lieu de renforcer l’image du Brésil comme d’un pays en ¬pleine expansion, la Coupe du monde aggrave les vieilles contradictions qui n’ont jamais été dépassées et met au jour le résultat de dix ans de travail du gouvernement de Lula : les inégalités sociales sont parmi les pires dans le monde, et l’économie est totalement soumise aux multinationales et à l’impérialisme. Ce gouvernement élu pour changer la donne a finalement maintenu le statu quo de la bourgeoisie brésilienne ; c’est contre l’impérialisme des multinationales que nos luttes, qui ont surpris le monde entier depuis juin 2013, s’opposent, comme d’autres luttes en Grèce, Espagne, Portugal ou encore en Asie et en Afrique.

Une des contreparties exigées par la Fifa est que le pays accueillant la Coupe du monde approuve la « loi générale de la Coupe » qui donne un certain nombre de privilèges à la Fifa et à ses filiales. La spoliation des biens par les multinationales en est facilitée, et tous les moyens sont bons pour répondre aux exigences de la Fifa qui bénéficie de la « générosité » et de la complicité du gouvernement brésilien quand il s’agit d’outrepasser les lois du pays pour augmenter ses profits. Par exemple, la Fifa a obtenu de pouvoir vendre de la bière dans les stades, alors que la vente de boissons alcoolisées est interdite depuis 2008 dans tous les stades de foot du pays. Le fait que la Fifa soit propriétaire d’une entreprise produisant de la bière n’y est sans doute pas étranger... En revanche, la vente de tout produit concurrent à ceux de la Fifa est interdite dans un rayon de deux kilomètres autour des ¬stades, dont les alentours se transforment en « territoires de la Fifa », avec bien sûr l’interdiction de toute manifestation. La Fifa a poussé le vice jusqu’à s’arroger le monopole commercial de certains noms propres, comme le mot « Pagode », qui correspond à un style musical caractéristique des communautés les plus pauvres du pays. Cinquante ans après le coup d’état militaire qui avait instauré une dictature sanguinaire pendant vingt ans, nous voilà revenu-e-s en arrière sur le plan des libertés et de la démocratie au Brésil, au nom du profit pour la Fifa, qui attend un bénéfice record d’environ neuf millards de dollars, non imposables évidemment.

250 000 expulsés

Lula avait affirmé qu’il ne gaspillerait pas l’argent public pour construire et rénover les stades pourtant 25 milliards de dollars ont été dépensé pour la ¬Coupe du monde ces six dernières années. Par comparaison, le programme d’aides familiales qui constitue la vitrine de la redistribution des richesses au Brésil, coûte environ 24 milliards de dollars. Les travaux, financés par le gouvernement fédéral ou par les banques publiques, aura représenté un coût supérieur à ce qui a été engagé pour les Coupes du monde en Allemagne et en Afrique du Sud. Mais ces travaux ont également un impact social, particulièrement pour les populations les plus pauvres : on estime que 250 000 personnes ont été expulsées de leurs domiciles pour la réalisation des travaux. Ce sont les fameux « déménagements forcés », qui représentent un des aspects les plus injustes de ce Mondial.

Mobilisations radicalisées

Depuis 2007, la joie de voir le Brésil élu pour accueillir la Coupe du monde s’est transformée en colère. Selon des enquêtes la majorité de la population s’oppose aux dépenses induites par le Mondial. En effet entre temps il est apparu évident que le Parti des travailleurs au pouvoir n’a pas réglé les problèmes sociaux, et privilégie une politique économique en faveur des banques et des multinationales. S’il est vrai que depuis l’élection de Lula, on a assisté à l’intégration sur le marché du travail de 21 millions de personnes, c’est au prix d’emplois précaires aux salaires très faibles. Les emplois décents ont tendance à baisser.

Quant aux services publics (santé, éducation, transports), ils se dégradent de plus en plus ; cela fut la cause de l’énorme mouvement social de juin 2013 qui avait vu des millions de personnes manifester dans tout le pays. Si le catalyseur des mobilisations était le prix des transports publics, la protestation concernait la situation de l’ensemble des services publics ainsi que la répression policière et la corruption.

Depuis, les mobilisations de rues ont été refroidies notamment par l’intense répression policière. Mais la protestation continue de monter, pour l’instant particulièrement dans les secteurs organisés des travailleurs et travailleuses. Depuis juin 2013 la conscience de classe s’est accrue, ce qui se traduit par des grèves et des mobilisations radicalisées qui, la plupart du temps, passent au-dessus des conciliations avec la direction, comme ça a été le cas pour la grève des employé-e-s de la propreté publique à Rio, en février dernier. Début juin 2014, les employé-e-s du métro de São Paulo, dont le président du syndicat est liée à la CSP (Central Sindical e Popular), se sont lancé-e-s dans une des plus grandes grèves de l’histoire du secteur, affrontant la répression et la cruauté du gouvernement.

La CSP-Conlutas a le plaisir de faire partie de cette lutte et espère que des actions de solidarité prennent place dans le monde entier. Dans ce processus le Réseau syndical international de solidarité et de lutte joue un rôle décisif. Plus que de s’unir autour de la solidarité avec le Brésil, ¬cette mobilisation renforce la possibilité de s’unir autour d’un réel projet de société, basé sur l’action directe des travailleurs et travailleuses, sur la démocratie directe par opposition aux directions syndicales qui trahissent les mouvements sociaux par la conciliation.

Dirceu Travesso (CSP Conlutas – Brasil)

 
☰ Accès rapide
Retour en haut