Cambriolage du Louvre : Mais qui sont les offusqués ?

Le 19 octobre dernier, le cambriolage du Louvre a suscité de nombreuses réactions indignées : ce n’étaient pas des bijoux qui étaient volés, mais l’image même de la France, attention ! Pourtant, ce genre de casse était prévisible dans un contexte généralisé de coupes budgétaires dans le milieu de la culture. Finalement, la véritable attaque à laquelle on assiste ne serait-elle pas celle menée contre le service public par une bourgeoisie réactionnaire rendant un culte à la France éternelle ?
Les différents gouvernements Macron et leurs politiques de coupe des dépenses publiques sont complices du vol des bijoux de la couronnes au Louvre le 19 octobre 2025. En effet, les camarades de la CGT Culture avaient dès février 2025 prévenu le gouvernement des risques potentiels de cambriolage dus à la vétusté des infrastructures et au surmenage au sein des équipes. Cette lettre des syndicalistes n’a eu comme unique réponse qu’un nouveau plan de sécurité largement déconnecté de la réalité du terrain et ce, pour une seule salle du musée.
Le personnel a répondu à ce plan le 17 juin 2025 par une grève afin de dénoncer le sous-effectif chronique à l’accueil et à la surveillance du musée. C’est en effet 200 postes qui ont été supprimés en 15 ans, alors que le budget du Louvre a augmenté de 100 millions d’euros depuis 2014. En parallèle, au début de l’année, Emmanuel Macron a annoncé un beau projet pour le musée à hauteur de 800 millions d’euros et qui ne coûtera « symboliquement » que 12 millions d’euros à l’État. Mais ce projet baptisé « Louvre nouvelle renaissance » n’apportait aucune réponse ni sur la sécurité, ni sur le surmenage des agents et agentes d’accueil et de sécurité. Il est même estimé qu’il empirerait leurs conditions de travail à cause de l’augmentation des visiteurs qu’il engendrerait.Ce plan n’a pas été adapté suite aux demandes et grèves des employées.
Le musée du Louvre n’est qu’une façade face à l’ampleur du problème. Ce n’est même que la partie la plus visible depuis le braquage du 19 octobre. Tout d’abord, c’est le quatrième braquage de l’année dans un musée en France, mais surtout la casse de la culture est généralisée à tout le territoire. Ce sont des millions d’euros aux quatre coins du pays qu’il faudrait, mais année après année, le budget de la culture s’effondre, que ce soit au niveau national ou à celui des collectivités. À titre d’exemple, la région des Pays de la Loire prévoit d’amputer 75% des subventions culturelles à son budget. Cela rime avec une baisse de subvention, une baisse des dotations aux collectivités, des structures qui se fragilisent, des déprogrammations et des difficulté à bâtir les prochaines saisons.
Les employées du secteur n’ont jamais autant vécu sur la sellette que sous Rachida Dati. C’est une fracture au sein du milieu culturel mais aussi entre les territoires les mieux dotés et les plus petites collectivités qui peinent à pouvoir développer une politique culturelle. La culture est considérée par la constitution, mais aussi par l’Organisation des Nations unies comme un droit fondamental, néanmoins elle n’a jamais autant été dans le viseur du gouvernement. En appliquant sa politique d’austérité il prive les plus précaires d’un accès juste au service culturel et précarise un secteur entier du pays.
Les bourgeois et leurs discours traditionalistes
Le cambriolage du Louvre a pas mal énervé nos bourgeois notamment par la symbolique des biens volés. Les bijoux dérobés sont au nombre de neuf. Ils appartenaient tous à des monarques du XIXe siècle [1].
La réalité est que la polémique bourgeoise tourne autour de la vision d’une France éternelle, concept utilisé dans les milieux monarchistes et d’extrême droite. Pour présenter le pays comme étant un bloc uniforme ayant existé de tout temps et ayant combattu tous les envahisseurs. Il serait enraciné dans un territoire, attaché à de vieilles traditions et de grands personnages.
Les médias nous ont montré un beau spectacle de leur vision de cette France : pour certains, ils étaient outrés, pour d’autre ce fut un moyen de demander le retour des monarchies déchues. Ce jour du 19 octobre, ce ne sont pas juste quelques diamants qui auraient été volé mais un morceau de France qui aurait été bafoué par des « racailles » [2]. Dans un contexte de stigmatisation des étrangers, cet événement leur a donné de quoi polémiquer pendant des heures.
Il est essentiel de dire que ces bijoux ont une double représentation, ceux de régimes colonialistes et autoritaires. En effet, selon les hypothèses d’historiens, les diamants seraient issus des colonies d’Amérique du Sud ou de l’Océan Indien. Loin d’incarner « la grandeur de la France », ces bijoux sont à l’image d’un pays qui exploite les peuples.
Une porte ouverte aux grands mécènes
Il ne faut pas se voiler la face, le retrait de l’État dans son devoir de rendre accessible la culture à toutes et tous laisse une porte grande ouverte aux mêmes bourgeois traditionalistes qui s’offusquent du vol de quelques bijoux. La culture est au centre de la mémoire collective et l’extrême droite entend bien l’utiliser pour gagner la bataille culturelle. Ils tentent de créer un monde où la culture, l’histoire et les traditions sont revisitées pour construire l’image d’une France éternelle.
Concrètement, le financement de la culture par la droite traditionaliste et identitaire existe depuis longtemps : on peut citer par exemple la création en 1989 du parc du Puy du Fou par Philippe de Villiers, Vendéen d’extrême droite. Par son parc, il révise l’histoire de France à son image. Mais plus récemment, Pierre-Edouard Stérin s’est démarqué par son manque de subtilité à financer en masse des événements culturels dessinant les contours d’une France soi-disant ancrée dans ses racines ancestrales. Grâce à son « Fonds du bien commun », il finance de nombreuses associations centrées sur le catholicisme, l’histoire ou encore l’armée.
Le seul point commun de tous ces investissements est qu’ils présentent un fantasme d’une culture française qui n’existe pas et qui n’a jamais existé. Leur but est de propager des valeurs et des idées pour construire les fondations de leurs fantasmes dans les esprits et mener au retour d’un pouvoir d’extrême droite autoritaire tourné vers le passé. La bourgeoisie ne compte pas sauver notre système culturel. Elle financera de belles « fondations » comme celle de Bernard Arnault ou paiera des millions pour voir la Cathédrale Notre Dame de Paris reconstruite au plus vite. Mais les musées des petites villes, les salles de spectacles ou de cinémas associatifs ne sont pas dans leurs intérêts.
Ce que nous montre l’événement du vol des bijoux de la couronne au Louvre est ainsi bien plus large qu’un simple braquage en plein jour. Derrière ce moment, on retrouve la casse du service public de la culture, la destruction d’emplois et l’accès à la culture rendu plus difficile aux plus précaires. L’extrême droite utilise cet événement, mais plus généralement, le vide laissé par le manque de financement de la culture afin de s’infiltrer partout où elle le peut pour présenter un monde fantasmagorique et propager ses idées suprémacistes nauséabondes.
Maya (UCL Grenoble)






