Campagnes électorales : Pouvoir féminin ou luttes féministes

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Durant la campagne présidentielle aux États-Unis, tout comme en France, on a vu des femmes briguer les plus hauts postes de pouvoir des institutions étatiques et capitalistes. Peut-on considérer ce fait comme un progrès pour la cause des femmes ?

Hilary Clinton, dans la course à l’investiture, a été prétendante au poste de candidate à l’élection présidentielle. Sa candidature n’a finalement pas été retenue et ce au profit de celle de Barack Obama. De même, Sarah Palin ne sera pas la première vice-présidente des États-Unis.

Oui, pour le féminisme libéral

Certaines féministes pourraient soutenir que ces candidatures constituent un progrès dans le combat pour l’égalité homme-femme, mais que leurs échecs, tout comme celui de Ségolène Royal à l’élection présidentielle en France, constituent la marque des réticences qui existent encore dans nos sociétés de confier à des femmes des postes de pouvoir.

Pour notre part, nous ne partageons pas ce point de vue pour plusieurs raisons qui tiennent en particulier au caractère féministe-libéral de cette position. Le féminisme libéral tend à considérer qu’il doit revendiquer l’égalité entre hommes et femmes sans s’interroger sur le caractère capitaliste et hiérarchique de la société dans laquelle nous vivons. Occuper au même titre que les hommes des postes de pouvoir au sein de l’appareil d’État ou des entreprises serait un progrès pour les femmes.

Non, pour le féminisme radical

Il nous semble, au contraire des féministes-libérales, que le féminisme doit prendre en compte à la fois tant la critique de l’exploitation économique que la question de la domination hiérarchique.

En effet, les femmes dans le cadre de la société patriarcale subissent une exploitation économique via le travail domestique. Elles sont traditionnellement confinées à la sphère privée. Elles subissent en outre des oppressions spécifiques telles que les agressions sexuelles et autres violences à caractère sexistes. Dans le cadre de la société capitaliste, elles occupent bien souvent les emplois les moins rémunérés, à temps partiels et sont plus souvent réduites au chômage.

Il ne nous apparaît donc pas possible de voir dans l’accession de femmes aux postes de pouvoir politique un progrès pour la cause des femmes dans la mesure où le patriarcat, tout comme le capitalisme, l’État ou le racisme, sont les avatars de rapports sociaux d’exploitation et de domination hiérarchique, que tous les opprimés – femmes, prolétaires, gouvernés ou minorités ethniques – ont intérêt à remettre en question en tant que tels.

L’illusion d’un pouvoir féminin différent

Il nous semble qu’il faut en outre couper court à une autre illusion selon laquelle les femmes gouverneraient autrement que les hommes si elles étaient au pouvoir parce qu’elles seraient porteuses de valeurs différentes. Certes les valeurs associées, dans le cadre de la société patriarcale aux femmes, sont des valeurs de sollicitude, dévalorisées par rapport aux valeurs de compétition et de domination des autres associées, elles, à la masculinité.

Néanmoins, croire que les femmes gouverneraient autrement si elles étaient au pouvoir, comme le pensent les féministes différentialistes, c’est faire abstraction du fait que l’activité politique dans le cadre d’une société patriarcale, étatique et capitaliste, suppose de la personne qui exerce le pouvoir politique qu’elle soit capable d’affirmer des « qualités » viriles. C’est pourquoi, bien souvent, on est amené à constater que les femmes, lorsqu’elles ont le pouvoir, sont pire que les hommes dans la mesure où, pour exercer le pouvoir, elles doivent démontrer qu’elles sont capables d’être aussi viriles, si ce n’est plus, que les hommes.

Irène (AL Paris-Sud)

 
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