Communiqué de l’UCL

Chaque enfant est innocent, luttons contre les délations islamophobes !

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Dans le sillage de la réaction islamophobe qui fait suite à l’odieux assassinat de Samuel Paty, le gouvernement a jugé pertinent de réitérer l’expérience de 2015 consistant à criminaliser la parole d’enfants sur une question aussi complexe et traumatisante que le contexte terroriste actuel, pour peu qu’elle soit jugée comme non conforme avec la propagande d’État.

Alors qu’un hommage national à Samuel Paty était prévu le lundi 2 novembre dans l’ensemble des établissements scolaires, le ministère prévenait qu’aucun « dérapage » ne serait toléré et que tous les signalements seraient remontés au rectorat et au parquet. A la suite de cette préconisation, on dénombre au moins 400 signalements aux rectorats [1], et même si tous n’ont pas eu de suite judiciaire, nous jugeons que la criminalisation de propos d’enfants, fussent-ils déplacés, et cela reste encore à prouver, n’est jamais justifiable. C’est une dérive autoritaire contre laquelle nous devons nous élever et résister collectivement, d’autant que cette dérive repose sur des bases racistes puisque ce sont les enfants musulmans ou supposés tels qui sont avant tout visés par ces mesures judiciaires [2]. Ainsi, quel enfant n’a jamais tenu, à différents degrés, des propos déplacés ou graves ? Quelle autre réponse les adultes doivent-ils y apporter si ce n’est la bienveillance et la pédagogie ? Dès lors comment peut-on accepter que cette bienveillance ne soit pas appliquée pour l’ensemble des enfants ?

En fait, un des processus qui est mis à l’œuvre derrière la criminalisation de certains enfants repose sur un biais raciste documenté qui consiste à percevoir les enfants racisés comme des adultes, ce processus leur retirant ainsi le droit à l’innocence, à l’exagération et aux erreurs de jugement, à l’enfance en somme, en leur prêtant des intentions malveillantes qui doivent être punies à tout prix.

C’est ce biais qui explique que, la chaîne de dilution de la responsabilité ait encore une fois effroyablement fonctionné allant du signalement par le ou la professeur-e, à celui de l’établissement, jusqu’au placement en garde à vue d’enfants dont certain-es n’ont pas plus de dix ans et qui tout-es resteront traumatisé-es par l’intrusion brutale de la justice dans leur vie, minimisée par le Ministère de l’Intérieur qui se targue d’une vidéo « décryptage » (sic !) pour justifier leurs actes.

Nous ne pouvons tolérer cette violence judiciaire et policière alors même que le ministre de l’Éducation nationale a refusé aux enseignant.es et équipes pédagogiques, un moment de concertation et le temps nécessaire pour écouter leurs élèves et dénouer avec eux les enjeux autour du meurtre de Samuel Paty. Une minute de silence imposée aux élèves sans discussion préalable empêche d’éduquer, c’est ce qui a été imposé. Ce qui ne rend pas hommage à Samuel Paty, ni ne sert l’éducation. Le résultat était prévisible et sans doute recherché par Jean-Michel Blanquer. Au lieu de rassembler les communautés éducatives autour de la condamnation de l’assassinat d’un enseignant, la méthode imposée par le ministère ouvrait la voie à des réactions politiquement inacceptables dans les cours d’écoles et les salles de classe.

Nous incitons les instituteur-ices, professeur-euses et professionnel-les de l’éducation, à ne pas céder face aux directives islamophobes des institutions et à prémunir leurs élèves de ces graves dérives autoritaires. Dans une société capitaliste, raciste et patriarcale, l’école est un outil de reproduction des inégalités et des oppressions, il est de la responsabilité de tous et toutes de résister avec ses moyens contre toutes les discriminations portant préjudices aux enfants. Plus que jamais, protégeons leur droit à l’erreur !

Union communiste libertaire le 12 novembre 2020

 
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