Chiapas : La contre-insurrection

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« Zapata vive, la lucha sigue ! » [6]. À l’occasion, en ce mois de novembre 2010, du centenaire de la Révolution mexicaine, ce slogan n’est pas entonné par le président mexicain, Felipe Calderon. C’est bien celui chanté par les Zapatistes, chaque fois que le jour se lève sur le Chiapas.

Face à la persévérance des gouvernements autonomes zapatistes soutenus par l’EZLN [1], le pouvoir central a trouvé les moyens de diversifier ses attaques contre les peuples indigènes.

La revendication centrale des peuples indigènes au Mexique demeure : respect de leur territoire, la Terre mère, de leur autonomie et de leurs droits. Au Chiapas, fortement structurés, ils forment un obstacle à l’exploitation capitaliste des immenses ressources naturelles de la région. Si Calderon a depuis quelques années renoncé aux offensives militaires de grande ampleur, affirmant qu’il « n’y a plus de conflit, [que] nous vivons dans une sainte paix », la guerre de basse intensité menée contre les zapatistes et les indigènes dans leur ensemble, n’en est que plus sournoise. Articulant à la fois les grands projets touristiques et économiques, la corruption et l’armement de groupes paramilitaires ainsi que le déplacement des populations indigènes, il gère la contre-insurrection d’une main de maître. Deux exemples viennent éclairer le propos.

Climat de guerre dans les communautés zapatistes

San Marcos Aviles, une communauté base d’appui zapatiste dans la région des Altos. Depuis qu’ils prirent connaissance du projet de construction d’une école autonome à San Marcos, des militants du PRI  [2], du PRD [3] et du PVEM [4] munis de machettes et de fusils, harcèlent sans répit les compañer@s de la communauté, volent terres et bétail, les empêchent de récolter les cultures. Insultes, détentions arbitraires, menaces de mort et fusillades constituent leur quotidien. Face à l’insécurité constante, les familles zapatistes s’enfuient dans les conditions des plus précaires. De retour, elles trouvent leurs maisons vides et à moitié détruites. Depuis, elles survivent grâce aux collectes solidaires organisées par la Otra campaña [5]. Cette situation invivable est malheureusement celle de nombreuses compañer@s en lutte au Mexique.

De nouvelles réserves pour les indiens du Chiapas

Pour en finir avec les insoumis, le gouverneur du Chiapas, Juan Sabines, a mis au point le projet de « villes rurales », dont l’idée, élaborée en 2007, est de lutter contre l’extrême pauvreté des populations indigènes en les regroupant dans des villes artificielles pour leur procurer tous les services nécessaires (éducation, santé, emplois...). Mais en vérité, la stratégie est autre. Il s’agit, dans un premier temps de rendre les populations indigènes dépendantes du système capitaliste : loin de leurs terres elles ne peuvent continuer à vivre de manière auto-suffisante, et deviennent prisonnières du mécanisme de consommation, tout en constituant une main-d’œuvre bon marché. Partant, il devient facile d’exploiter les abondantes richesses des terres fraîchement libérées. La réalité des populations déplacées est ainsi bien différente des promesses : sans emplois, entassées les uns sur les autres, elles perdent peu à peu leurs coutumes et leurs savoir-faire.

Mais plus que jamais, il s’agit de déposséder les populations indigènes de toute opportunité d’exercer leur autonomie : ces ghettos ne permettent plus le développement du lien social et des structures nécessaires aux prises de décisions communautaires. Plus profondément, cela renforce la stratégie de contre-insurrection : implantées à côté des territoires zapatistes, ces zones gouvernementales sont un outil incroyable pour mener la guerre aux gouvernements autonomes. Une politique cruciale pour l’avenir de la lutte des indigènes...

Camille, Mexique

[1Armée zapatiste de libération nationale

[2Parti révolutionnaire institutionnel, contrôlant la majorité du pays.

[3Parti révolutionnaire démocratique, opère un rapprochement stratégique vers le PRI.

[4Parti vert écologiste du Mexique, extrême droite.

[5Programme de lutte et de discussions initié par l’EZLN afin de réunir tous ceux « d’en bas à gauche » .

[6« Zapata vit, la lutte continue »

 
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