Chroniques du travail aliéné : Josiane*, prof de musique

Version imprimable de cet article Version imprimable


La chronique mensuelle de Marie-Louise Michel (psychologue du travail)


<titre|titre="Nous, avec les arts plastiques, on ne compte pas">

"J’ai subi une agression en sortant du collège il y a un an, depuis je suis en arrêt de travail. C’était la veille des vacances, il avait fortement neigé, les élèves étaient énervés, on avait reçu pas mal de boules de neige en passant dans la cour, mais s’amuser c’est une chose… On ne tolère pas tellement quand même… À la fin de la journée, c’était la libération de tout le monde à 16 heures 30. Je suis sortie vers 17 heures 30. Il y avait tout un tas de gamins sur la place. Ils ont commencé à me lancer des boules de neige. J’étais chargée, j’emportais des préparations pour les vacances. La chaussée était glissante. J’en ai pris, mais j’en ai pris… Une fois à ma voiture, un gamin est venu jusqu’à moi, il visait bien, il en a mis dans ma voiture. J’étais en piteux état. Ca tapait sur la voiture, je n’osais pas démarrer, mon pare brise était couvert de neige.

Je suis revenue au collège, j’étais désemparée. Le principal adjoint est sorti. Il a regardé ma voiture, je lui ai dit « vous voyez bien ! ». Ils étaient une centaine ! Il n’a rien dit, rien fait. J’étais anéantie, ça en a rajouté. Je me suis dit que je ne pourrais plus jamais me faire respecter. J’ai fait des cauchemars et j’ai pleuré toutes les vacances. Je n’ai pas pu faire la rentrée, j’ai dit à la principale « tout le collège le sait ! ». Elle m’a dit que c’était un jeu. J’ai fait une déclaration d’accident du travail.

Maintenant j’ai peur des jeunes, je ne peux plus passer à côté d’un collège. Il faut dire que c’est dur prof de musique. Je travaille là depuis 30 ans. Tous les ans, j’ai tous les élèves, une heure par semaine. Que voulez vous faire ? On met un trimestre à connaître les sixièmes, un peu moins pour les cinquièmes parce qu’on les a déjà eus l’année d’avant. En troisième, enfin, on sait à qui on parle. Et tout le monde se fiche de la musique, c’est bon pour l’effet vitrine, on montre la chorale à la fin de l’année et puis c’est tout. En conseil de classe on ne compte pas, les parents ne nous soutiennent pas, les collègues rigolent. On n’a pas d’importance. On passe après les profs de gym, au dessus ce sont les profs d’espagnol. En haut de l’échelle symbolique les profs de lettres, et tout en haut : les profs de maths ou de physique…

Nous, avec les arts plastiques, on ne compte pas. Les élèves s’en permettent de plus en plus. Ils répondent mal. J’ai été victime d’une agression : il y en a un, je lui ai mis une claque… il me rend ma claque ! Je reconnais, ce n’étais pas le bon geste mais tout de même. Je n’ai pas été soutenue, évidemment. L’administration ne fait pas son travail. J’ai débuté juste après 68. ça a eu lieu, les évènements, pendant mes études, je n’ai pas retrouvé le lycée que j’avais quitté. Les élèves n’avaient plus en tête que de me descendre… Je n’ai pas su faire."

* seul le prénom a été changé, le reste est authentique

 
☰ Accès rapide
Retour en haut