Classiques de la subversion : Daniel Guérin, « Pour le communisme libertaire »

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En 1959, Daniel Guérin, publiait Jeunesse du socialisme libertaire, première étape de sa recherche d’une synthèse entre le marxisme et l’anarchisme. L’ouvrage fut réédité en 1969 sous le titre Pour un marxisme libertaire, puis en 1983 sous celui d’À la recherche d’un communisme libertaire, avec à chaque fois des modifications traduisant l’évolution du point de vue de l’auteur. En 2003, les éditions Spartacus ont réédité ce classique sous le titre Pour le communisme libertaire, y annexant, à titre documentaire, l’Appel pour une alternative libertaire de 1991.

Dans l’ouvrage, Guérin examine les différents courants politiques qui ont marqué la lutte des classes, analyse certaines révolutions dans l’Histoire, et fait part de son expérience militante.

Il distingue trois courants majeurs dans la pensée révolutionnaire : le socialisme étatiste, l’anarchisme et le socialisme scientifique de Marx et Engels, et les décortique à l’aune de ce qu’il appelle « les trois problèmes fondamentaux de la révolution » : la spontanéité ou la conscience de classe, la question du pouvoir et la gestion de l’économie. Par une synthèse entre socialisme scientifique et anarchisme, il rejette un socialisme qui serait imposé par une avant-garde éclairée et affirme la nécessité d’une révolution « de bas en haut », dont l’initiative reviendrait à la classe dominée.

Pour Guérin, la prise de décision doit nécessairement être collective, tout comme la gestion de l’économie. La propriété privée des moyens de production doit être abolie, et ceux-ci mis en commun. Ce n’est que dans ces conditions que les individus pourront être libres.

Guérin illustre son propos en étudiant les épisodes de « double pouvoir » dans l’Histoire, opposant un pouvoir populaire naissant à un pouvoir d’État cherchant à protéger ses prérogatives. D’où l’étranglement des soviets par les bolcheviks entre 1918 et 1921. D’où, aussi, le sabotage de la Révolution espagnole en 1937.

Alors que la population tendait, spontanément, à une gestion collective des moyens de production, l’État bolchevik en Russie, comme l’État républicain en Espagne, s’y sont méthodiquement opposés. Guérin revient sur ces épisodes pour en tirer les enseignements. Il souligne la nécessité du lien fédéral entre les conseils ouvriers par le biais de représentants contrôlables et révocables. Seule une confédération des différentes structures populaires peut permettre de résister, de concurrencer, puis de vaincre l’État.

L’ouvrage est un appel à la lutte pour le communisme libertaire qui, loin de se présenter seulement comme un ouvrage théorique, est écrit d’une plume alerte et accessible, par un militant plein de conviction.

Flo (Montpellier)

  • Daniel Guérin, Pour le communisme libertaire, Spartacus, 2001.
 
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