Classiques de la subversion : Hobsbawm, « L’Ère des révolutions »

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Premier volume d’une histoire globale du XIXe et du XXe siècles qui en compte quatre, L’Ere des révolutions est dû à Eric J. Hobsbawm, auteur anglais d’origine autrichienne qui s’est rendu célèbre par ses travaux sur les bandits au XIXe siècle. Selon lui, le banditisme serait un sous-produit de la lutte des classes dans cette période. Hobsbawm se réclame d’un marxisme non dogmatique.

Son livre entend expliquer comment le capitalisme sous sa forme moderne, qui naît avec la révolution industrielle, a pu se mettre en place, transformant profondément les sociétés européennes.

Pour l’auteur qui reprend des schémas marxiens, la période charnière qui annonce le développement du capitalisme et son corollaire politique, la démocratie bourgeoise est la fin du XVIIIe siècle.

En effet, en Angleterre, dès les années 1780, s’amorce la révolution industrielle qui est caractérisée par la concentration des capitaux, le passage de la manufacture à l’industrie, l’utilisation intensive du progrès technique, le tout alimenté en travailleurs par des expulsions massives de paysans pauvres. Ce processus inédit sera exporté globalement sous le nom d’industrialisation ou de « développement ».

De l’autre côté de la Manche, à peu près à la même époque, une autre révolution, politique cette fois-ci, est en cours. En France, la bourgeoisie appuyée par le proto-prolétariat et la paysannerie, renverse la royauté et l’aristocratie. Une nouvelle façon de considérer la politique voit le jour. Désormais au lieu du roi, ce sera la nation qui détiendra la souveraineté. Il n’y aura plus de sujets mais des « citoyens ». Bien entendu, la nation sera gérée par les « meilleurs éléments » de celle-ci : la bourgeoisie. Cette révolution politique générera la forme moderne de l’Etat. Celui-ci correspondra dans le fait politique au nouveau mode de production : le capitalisme. Là aussi, cette révolution se répandra de façon globale. Hobsbawm explore cette période jusqu’à 1848.

Si l’on veut combattre le capitalisme, il faut le connaître. Et cet ouvrage montre comment celui-ci a pu transformer concrètement l’Europe du XIXe siècle. Il montre aussi à quel point le développement du capitalisme, de la démocratie parlementaire et de l’Etat-Nation sont liés. Il convient de noter que c’est le premier volume d’une série de livres qui couvre les XIXe et XXe siècles. Une lecture formatrice.

Matthijs (AL Montpellier)

E. J. Hobsbawm, L’Ère des révolutions, Editions Complexe, 2000, Collection Historiques, 416 pages, 10 euros.

 
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