Climat : La spirale du dérèglement

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La réalité du dérèglement climatique n’est aujourd’hui plus véritablement contestée. Mais quelles sont les conséquences prévisibles de ce dérèglement ?

« C’est une lugubre entrée en matière dont la XIXe Conférence des Nations unies sur le climat, réunie depuis lundi à Varsovie, se serait sans doute bien passée. Mais comment ne pas faire le rapprochement entre le typhon Haiyan qui s’est abattu sur les Philippines et le réchauffement de la planète ? » [1].

Même le journal Les Échos, chantre du libéralisme économique, reconnaît la réalité du changement climatique. Cela n’empêche pas les lobbies pétroliers de continuer leur guérilla contre tout changement réel de modèle énergétique. Et à ce jour, pas un gouvernement n’a rompu avec ces logiques. Résultat, la consommation des énergies fossiles continue de s’accroître et même des retours en arrière s’effectuent, comme en Australie, où le nouveau gouvernement conservateur élu en septembre vient d’annoncer qu’il sabordait « ses outils de lutte contre le changement climatique » [2]. Alors que la température de l’atmosphère n’a augmenté que de 0,5°C, les conséquences en sont déjà mesurables. Et le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) ne cesse de revoir à la hausse ses prévisions...

Le paludisme au nord

L’augmentation de la température moyenne des océans et de l’atmosphère, mesurée à l’échelle mondiale sur plusieurs décennies se traduit dès aujourd’hui par une multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes (canicules et incendies géants, pluies diluviennes, tempêtes, cyclones…) créant à chaque fois une catastrophe sanitaire pour la population. D’ores et déjà le réchauffement induit des migrations d’espèces, par exemple d’insectes vecteurs d’épidémie. Le paludisme a déjà fait sa réapparition au nord et au sud des tropiques (aux États-Unis des épidémies sont apparues au Texas, en Floride, mais aussi à New-York). Il est également réapparu dans le sud de l’Europe et de la Russie ou le long de l’océan Indien. La fréquence de la maladie de Lyme augmente, ainsi que son extension géographique, de manière corrélée à l’augmentation de l’aire de répartition de son principal vecteur connu, la tique [3].

0,5°C en trente ans

Thomas Veblen, professeur à l’Université du Colorado, a étudié des parcelles forestières de l’ouest des États-Unis [4]. En 30 ans, un réchauffement moyen de 0,5 °C a déjà doublé le taux de mortalité des arbres, favorisant les sécheresses et pullulations de ravageurs, avec multiplication des incendies, ce qui laisse craindre des impacts en cascade sur la faune et les écosystèmes.

En France, selon l’Inra, plusieurs essences, dont le hêtre, ne survivront pas dans la moitié sud du pays [5], et plusieurs ravageurs des arbres pourraient continuer à remonter vers le nord. Enfin, d’une génération à l’autre, les espèces forestières doivent parcourir une distance croissante pour retrouver un climat favorable. De nombreuses espèces, aux faibles « distances de dispersion » sont dans l’incapacité de s’adapter à la hausse de température [6].

Le réchauffement a aussi un impact sur les océans. Associée à l’épuisement des ressources lié à la surexploitation et à l’acidification des océans qu’entraîne la dissolution de quantités croissantes de CO2, la modification des aires de répartitions des espèces de poissons vont accentuer les difficultés du secteur de la pêche.

Au total, une étude de 2004 parue dans Nature et basée sur un échantillon de régions couvrant 20 % de la surface terrestre montre que les changements climatiques entraîneront, selon les scénarios, la perte de 15 % à 37 % des espèces vivantes d’ici 2050 [7] . Une telle extinction massive des espèces aura nécessairement des conséquences dommageables pour l’ensemble des écosystèmes de la planète et en conséquence pour l’alimentation humaine.

Les conséquences ne seront toutefois pas les mêmes pour toutes les régions. La montée du niveau des océans, conséquence de la fonte des banquises et évaluée entre 18 et 59 cm d’ici 2100 [8], d’une part pourraient submerger certaines îles de l’océan Pacifique ou de l’océan Indien (Îles Maldives, Tuvalu, …), et d’autre part menace l’ensemble des populations vivant dans des régions côtières (500 millions de personnes) : érosion du littoral, salinité des nappes phréatiques, disparition des zones humides, inondations permanentes.

Cinq fois plus de catastrophes

Dans un contexte où se renforcent fréquence et gravité des aléas climatiques, l’accroissement de l’évaporation devrait augmenter la pluviosité hivernale, sauf dans les pays méditerranéens qui verraient la sécheresse s’accentuer.

Concernant les zones tempérées et circumpolaires, dans un premier temps, la conjonction du réchauffement, de l’augmentation du taux de CO2 et des pluies pourrait accroître la productivité des écosystèmes. L’agriculture du nord des États-Unis, du Canada, de la Russie et des pays nordiques pourrait peut-être en profiter, même si les signes de dépérissement forestier déjà visibles dans ces zones montrent que cela pourrait être contrecarré par les atteintes à la biodiversité.

En résumé, sont mesurables dès aujourd’hui :

– le coût des événements climatiques extrêmes : le rapport du réassureur Munich Re du 17 octobre 2012 (sur la période 1980 à 2011) estime que c’est l’Amérique du Nord qui a subi l’aggravation la plus forte de « pertes financières dues à des événements liés à la météo », avec plus de 30 000 morts et 1 060 milliards de dollars de pertes induits par la gestion et réparation des catastrophes climatiques. Ce même rapport a estimé que le nombre d’événements extrêmes a quintuplé dans le monde (et doublé en Europe).

– l’effet direct dans la productivité agricole mondiale, comme ces sécheresses ou ces inondations qui alternativement frappent les productions agricoles des différentes régions de la planète : « La FAO pronostique “une réduction significative des stocks céréaliers mondiaux à la clôture des campagnes en 2013 (...) même avec une demande mondiale en régression du fait des prix élevés. La production a été affectée par la sécheresse dans les principales régions productrices, notamment les États-Unis, l’Europe et l’Asie centrale” »  [9].

Enfin et surtout, de nombreux biologistes s’inquiètent des conséquences encore incertaines de l’effondrement de la biodiversité sur les équilibres du monde vivant et sur la capacité de l’humanité à vivre et à se nourrir sur une planète dégradée.

Jacques Dubart (AL Agen)

[1LesEchos.fr, 1er novembre 2013.

[2Le Monde du 15 novembre 2013

[3« Effect of Climate Change on Lyme Disease Risk in North America », 2005, EcoHealth - vol. 2.

[4Voir www.rfi.fr.

[5Forêts de France n° 491, mars 2006.

[6« Changes in plant community composition lag behind climate warming in lowland forests », Nature, 479 (24 novembre 2011).

[7« Extinction risk from climate change », Nature, 427 (8 janvier 2004)

[8Quatrième rapport du Giec.

 
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