Conférence sociale : Boycott cégétiste : entrée dans une nouvelle période ?

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Le refus de la CGT de participer à la conférence sociale de début juillet est une victoire pour ceux et celles qui, au sein d’une confédération tentée par le réformisme, militent pour le choix de la lutte des classes.

De profonds débats d’orientation traversent la CGT ces dernières années : bilan de la lutte sur les retraites ; consigne de vote sur le référendum pour le traité européen (le bureau confédéral qui souhaitait s’abstenir est publiquement mis en minorité pour la première fois) ; non-signature de l’ANI sur la formation professionnelle (encore un désaveu public du bureau confédéral) ; appel par certaines structures importantes à participer à la manif du 12 avril 2014 associant forces syndicales, associatives et politiques contre les politiques d’austérité malgré l’intervention directe de Thierry Lepaon.

Ces débats se sont cristallisés en juin dernier autour de la conférence sociale des 7 et 8 juillet. Progressivement des syndicats de base, des dirigeants confédéraux, des congrès de différentes structures prenaient position en faveur du boycott, provoquant de violents échanges dans les étages de « Montreuil ». Finalement Solidaires annonçait qu’elle boycottait la conférence. Puis la CGT et FO annoncèrent leur non-participation à la seconde journée et enfin la FSU abandonna son fauteuil durant la seconde journée. Un événement exceptionnel dans le petit monde du « dialogue social », un camouflet pour le gouvernement ! Et pour la CGT, une rupture de plus avec la CFDT dont le secrétaire Laurent Berger se retrouva seul à assumer le pacte de responsabilité et ses austères conséquences pour les salarié-e-s. Berger qui finit par comparer les syndicats boycotteurs… au FN !

Syndicalisme « rassemblé » ou syndicalisme de lutte

Depuis l’expérience gouvernementale PS/PCF de 1981, la CGT se cherche une voie entre un syndicalisme de lutte et un syndicalisme d’accompagnement (pudiquement baptisé « rassemblé »). L’enjeu ? Un rapprochement durable et stable avec la CFDT. Mais devant la violence des attaques patronales et gouvernementales, nombre de dirigeants fédéraux et d’unions départementales, certains bien connus comme des bureaucrates peu combatifs (sauf contre leurs « opposants »), ont fini par comprendre qu’il n’y avait plus rien à grappiller dans le confort des instances du « dialogue social ». Ils s’inquiètent aujourd’hui d’une possible disparition de la CGT, privée de stratégie identifiable, soumise aux attractions contraires de Solidaires sur sa gauche et de la CFDT sur sa droite. Leur désarroi facilite l’ouverture d’un débat ouvert à toutes et tous les militants. Gattaz, Hollande et leurs journalistes se lamentent : la CGT n’est plus dirigée ! On ne peut plus jouer au « dialogue social » ! Et c’est en partie vrai. Le temps où la direction du PCF tranchait les divergences politiques et personnelles dans la CGT est bien révolu. Dans une longue déclaration « Ensemble, tout est possible », une dizaine de responsables importants ouvrent le débat du 51e Congrès. Avec des pistes intéressantes mais une prudente langue de bois ! Et le risque d’un retour à une conception d’assujettissement de la CGT aux politiques d’un parti, en l’occurrence du Front de gauche. Dans une déclaration moins diplomatique, l’union départementale de Paris, la plus grosse de France, réclame un examen du bilan de la direction confédérale lors d’un prochain Comité confédéral national (CCN), l’instance qui regroupe les représentants désignés par les fédérations et les unions départementales et qui veille entre deux congrès au travail de la Commission exécutive confédérale et de son bureau. Une riche période s’ouvre pour les militantes et militants attachés à un syndicalisme ancré dans la lutte des classes et porteur d’une transformation sociale radicale. Les débats dans tous les étages de l’appareil syndical permettent en effet de poser tranquillement tous les sujets stratégiques : construction du rapport de forces, rapports aux partis politiques, démocratie syndicale, unité syndicale, pratiques autogestionnaires et démocratie directe… Une occasion pour les militants de reprendre en main leur CGT !

Jean-Yves (AL Seine-Saint-Denis)

En savoir plus : communisteslibertairescgt.over-blog.net

 
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