Congrès syndical : Les enjeux du 54e congrès de la CGT

Le prochain congrès de la CGT se déroulera à Tours la première semaine de juin. Il devrait être beaucoup plus apaisé que le congrès précédent. Les bilans et les orientations soumis aux syndicats et aux congressistes seront probablement largement adoptés. Le tandem Sophie Binet et Laurent Brun devrait être réélues sans grande difficulté.
Des débats pourront se tendre avec l’aile post-stalinienne (sur la Fédération syndicale mondiale, FSM) et quelques batailles autour d’amendements secondaires. Restera à décrypter les rapports de force entre fédération et unions départementales dans la composition des instances décisionnaires et exécutives du syndicat.
Les rapports d’activités et bilans financiers évitent une autosatisfaction excessive et posent un regard lucide sur les fragilités de la CGT. Faiblesse d’implantation, notamment dans les PME, qui s’est traduite par l’impossibilité d’enclencher une grève générale reconductible en 2023 ; difficultés à faire appliquer le 1% statutaire de cotisation ; 25% seulement des élues en Comité social économique (CSE) formées en interne par la CGT ; difficultés à garder les nouveaux et nouvelles adhérentes faute de structures adaptées pour les intégrer.
L’échec à amener chaque syndicat à tenir son congrès entre les deux congrès confédéraux en dit long sur l’absence de vie démocratique. Mais aussi sur l’état des syndicats d’entreprises dont la réalité est souvent égale... à celle d’un ou d’une adhérente isolée. La proposition d’aller vers des syndicats professionnels territoriaux d’isolées marque un progrès, mais limités au rôle de « pépinière » pour des futurs syndicats d’entreprises, nous sommes encore loin du but [1].
Alliance écologique et sociale
Sur un terrain plus politique, la récurrence du terme « environnemental » dans les intertitres des documents ne peut cacher un bilan très léger sur les questions écologiques. En quittant « Plus jamais ça – Alliance écologique et sociale (AES) », la CGT prétendait faire de l’écologie sans l’expertise des associations écologistes. Et inversement sans la force CGT, l’AES n’est guère viable.
Alors que plusieurs unions départementales y sont toujours investies, le retour de la confédération au sein de cette Alliance sera peut-être un des débats du congrès... si les syndicats en posent la question. Les amendements peuvent être déposés jusqu’au 6 mai.
Sur l’unification du syndicalisme
Dans une même logique de repli, la proposition de la précédente direction de la CGT (Philippe Martinez) d’amorcer une démarche d’unification avec Solidaires et la FSU avait été amendée par le 53e congrès afin d’écarter Solidaires de la démarche. Reste la FSU avec qui une démarche a été enclenchée, avec la perspective d’une « maison commune » sans unification des structures [2].
Cette démarche est positive, des avancées concrètes peuvent être notées : des formations communes, des réunions de travail dans les territoires et pas uniquement au niveau national. On pourrait donc espérer que cette « maison commune » ne soit qu’une première étape pour une unification réelle du syndicalisme combatif. Mais le document précise aussitôt : « Il ne s’agit ni d’une fusion ni de la création d’une superstructure décisionnelle ». Et renvoie au congrès suivant, la validation (éventuelle) de ladite « maison ».
Les syndicats « de lutte et de transformation sociale », et pas uniquement la CGT, ne sont clairement pas à la hauteur des dangers de la période. Entre 1934 et 1936, la CGT et la CGTU avaient mis leurs différents de coté face au péril fasciste. Leur réunification réussie avait permis les grèves de 1936. Le conservatisme des boutiques syndicales doit être bousculé. Il n’est pas acceptable de conserver cette dispersion du prolétariat organisé dans la situation actuelle.
Double besogne
Pourtant la mobilisation contre l’extrême droite est clairement réaffirmée comme une priorité, avec le rappel de l’exclusion de tout responsable CGT qui porterait la politique des fachos. Mais elle se réduit à la formation des syndicalistes et à la propagande. Le reste de l’initiative étant délégué aux partis lors des échéances électorales. Comme le rappelle le document préparatoire, l’indépendance réaffirmée vis-à-vis de ces partis ne vaut pas neutralité. Fort bien. Et, dans l’urgence, appeler les travailleurs et les travailleuses à voter pour éliminer le danger de victoire de l’extrême droite est incontournable à l’unité de notre camp social.
Mais pour l’essentiel, la CGT ne se voit que comme un outil de pression sur les partis auxquels elle délègue le champ de la transformation sociale, terme bien flou et terne au demeurant. Nous sommes alors très loin des ambitions révolutionnaires de la Charte d’Amiens ! La vraie double besogne syndicale, c’est en effet la défense des intérêts quotidiens et en même temps la préparation de la grève générale expropriatrice. Il reste donc bien du chemin à faire pour remettre la CGT sur les rails de la révolution. Mais pour les prolétaires quel autre chemin ?
Des syndicalistes révolutionnaires de la CGT
En vrac
Par manque de place, citons quelques débats encore. La syndicalisation des étudiantes, réservée aux étudiantes-salariées qui pour cela disposent déjà des syndicats... de salariés ? La solution à deux États en Palestine quand elle paraît de moins en moins possible ? La revendication d’une IA souveraine qui bloque tout débat sur l’IA elle-même ? Une formation syndicale qui doit être « réajustée », mais sans dire en quel sens ? Une priorité à la syndicalisation des ingénieures, cadres, techniciennes et agentes de maîtrise (ICTAM) des boîtes du CAC 40 pour des grèves bloquantes tout en expliquant que le CAC 40 vit de l’externalisation de l’activité productive ? Et un regret : sur 82 candidatures à la CEC seulement 25 camarades sont ouvrières ou employées.






