Antipatriarcat

Dans le monde : le droit à l’avortement, toujours à conquérir

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Près de 50 % des femmes vivent dans un pays où le droit à l’avortement n’existe pas ou de façon très restrictive. Selon les pays, les opposants n’ont pas les mêmes motivations. Entre réactionnaires natalistes d’extrême-droite, gouvernements conservateurs, chefs religieux, les ennemis des droits des femmes sont nombreux. Et il faut y ajouter les faux amis.

Depuis 1990, les femmes d’Amérique latine et des Caraïbes se réunissent tous les 28 septembre pour demander l’accès à un avortement sûr, légal et gratuit sans stigmatisation ni criminalisation. Cette journée mondiale de l’avortement a été choisie en référence à la loi brésilienne dite du «  Ventre Libre  » du 28 septembre 1871, qui libérait tous les enfants nés de parents esclaves. Reprenant le slogan «  Pour un ventre libre  », elles veulent que la fin de l’esclavage soit aussi celle de l’esclavage du ventre  [1].

Fin 2020, les femmes d’Argentine ont conquis le droit d’avorter. Début 2021, les femmes de Pologne l’ont perdu. Au Honduras, une législation déjà stricte a été remplacée au début de cette année par une interdiction totale, réformable seulement à la majorité des trois quarts du Parlement. Au Salvador, le code pénal prévoit une peine de deux à huit ans de prison pour les avortements mais les juges les considèrent comme un homicide aggravé passible de trente à cinquante ans de réclusion, verdict appliqué aussi régulièrement à des décès à la naissance.

Manifestation contre les atteintes au droit à l’avortement, Paris, novembre 2019

Un droit instable

Aux États-Unis, le débat est constant et la menace plus ou moins grande selon les États, plusieurs l’ont interdit en 2019 et 2020 et les électrices et électeurs de Louisiane ont même voté pour ne jamais autoriser l’avortement. Au niveau fédéral il est dépénalisé depuis 1973 mais le débat reste un enjeu de la nomination des juges à la cour suprême. Les Irlandaises n’ont eu le droit d’avorter qu’en 2018.

En Afrique, seuls la Tunisie, l’Afrique du Sud, le Cap-Vert et le Mozambique ont dépénalisé l’avortement. Selon l’OMS, au moins trois avortements sur quatre pratiqués sur ce continent le sont en dehors de la sécurité nécessaire. En 2018, Véronique Séhier, coprésidente du Planning familial, rappelait qu’une femme meurt toutes les neuf minutes d’un avortement clandestin  [2].

Les opposant·es à l’avortement qui se revendiquent du droit à la vie mentent la plupart du temps. Avec le conservatisme moral et religieux vont la défense de la peine de mort et le soutien aux guerres, coloniales entre autres. Ces gens sont dangereux, en particulier parce que leur discours se veut souvent humaniste et que leurs moyens sont importants. Aujourd’hui c’est en majorité sur internet que leur propagande se déploie, beaucoup plus efficace que ne le laisserait penser leur nombre. Avec des sites de désinformation mais surtout des faux témoignages sur les réseaux sociaux, dans le but de décourager les femmes d’avorter.

En France, le groupe SOS Mamans, catho intégriste, longtemps discret, mais qui vient de créer son site internet sans se soucier de l’inefficace loi contre le délit d’entrave, a lui une autre stratégie  : payer les femmes voulant avorter pour les dissuader. Des petites mains écoutent partout les conversations et interviennent quand elles entendent «  avortement  » pour proposer des aides économiques  : loyer, facture EDF, poussette, hébergement éventuellement  [3]. Ce sont les mêmes qui défendent la famille un papa bleu – une maman rose et organisent des manifestations à chaque fois qu’une amélioration du droit à l’IVG est en discussion à l’assemblée.

C’est évidemment dans les partis d’extrême-droite qu’on trouve ceux qui veulent que le peuplement des pays occidentaux soit assuré par des blancs, antiféminisme et racisme sont deux aspects importants de leur idéologie. Ils sont à la manœuvre dans beaucoup de pays européens  [4].

Le corps des femmes est un champ de bataille

En France la situation théorique est plutôt bonne. Ces dernières années, la nécessité d’être désespérée, l’autorisation parentale pour les mineures ont disparu, toutes les consultations liées à l’avortement sont totalement remboursées. Les combats en cours visent à allonger le délai et à supprimer la clause de conscience spécifique. Mais en même temps les hôpitaux et les centres IVG ont de moins en moins de moyens et avorter l’été est un parcours de la combattante qui peut aboutir à un voyage vers un pays aux délais plus longs que les douze semaines en France.

Affirmer un droit sans donner les moyens matériels de son application c’est assez tendance mais très hypocrite et très capitaliste. Droit d’avorter, droit à un accompagnement humain de qualité pour les élèves handicapé·es, droit d’avoir un toit sur la tête, ces droits-là par exemple font l’objet de lois qui les garantissent mais ils ne sont pas effectifs. Le gouvernement (et ses prédécesseurs) préfère faire des cadeaux aux actionnaires ou développer des outils de guerre ou de répression.

Avortements interdits à des fins natalistes, avortements favorisés pour mettre les femmes au travail, avortements interdits au nom des valeurs religieuses et familiales, avortements sélectifs des fœtus féminins facilement accessibles… le corps des femmes est un champ de bataille du patriarcat et du capitalisme. Les règles fixées par les hommes varient en fonction de leurs besoins. Pourtant on sait qu’interdire l’avortement a seulement pour conséquences que des femmes meurent en essayant d’avorter ou restent mutilées, que des femmes et des enfants souffrent toute une vie.

Là où il est autorisé, certains hommes se permettent d’être contre (ou pour, mais à condition que ce soit moralement douloureux). Alors que «  pas d’utérus, pas d’opinion  » est un slogan raisonnable. Avortement libre, gratuit, inconditionnel pour toutes !

Christine (UCL Sarthe)

[1«  Journée mondiale pour la dépénalisation de l’avortement  : les Américaines au front.  », TV5 Monde / Terriennes, 20 septembre 2015.

[2Véronique Séhier, «  Une femme meurt toutes les neuf minutes d’un avortement clandestin dans le monde  », Le Parisien, 20 mai 2018.

[4«  Europe  : une mauvaise droite contre les droits des femmes  », Libération, 21 mai 2019.

 
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