Ecologie

Déboisement : une alliance nationale pour des forêts vivantes

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Face à l’organisation bien rodée des industries multinationales et aux stratégies d’évitement des pouvoirs publics locaux, des collectifs de lutte pour la défense des forêts se regroupent pour une riposte plus efficace.

Fin 2019, un projet de mégascierie est initié par le groupe transnational Florian à Lannemezan dans les Hautes-Pyrénées. Il vise à poursuivre l’industrialisation des forêts françaises et à produire 50 000 m³ de bois d’œuvre de hêtre en vidant les forêts de ses arbres les plus anciens.

Une catastrophe pour des forêts qui subissent déjà la forte pression des coupes rases et des autres scieries industrielles. Si Florian parvient à faire accepter son projet, 500 000 m3 de bois seront arrachés aux forêts chaque année  [1]. Un tel volume de bois suppose un commerce international et donc un trafic routier supplémentaire. Ce projet au coût indécent de 11 millions d’euros est financé à hauteur de 60 % par l’État et la région, pour ne créer que 25 emplois précaires et dangereux. Mais pour le tissu industriel local et notamment l’usine de papier Fibre Excellence, située à 30 km et qui cherche depuis des années à réduire son rayon d’approvisionnement en bois, cette mégascierie tombe à pic.

Face à l’implantation de la scierie, le collectif Touche pas à ma forêt (TPMF) s’est créé en 2020 et mène depuis des mobilisations régulières qui rassemblent plusieurs centaines de personnes. Le collectif, très dynamique l’année passée dans les Pyrénées, est composé d’associations, d’élu·es (LFI, EELV et PCF) et de syndicalistes, principalement du SNUPFEN  [2], syndicat majoritaire de l’Office national des Forêts.

Suite aux mobilisations de TPMF et au dépôts de recours, la préfecture a suspendu le projet pour lancer un processus de concertation. Le préfet a demandé à faire des audits individuels avec tous les acteurs investis sur le sujet, et rendra sa copie courant décembre-janvier. Mais malgré l’investissement militant, la région a décide lancer sournoisement un autre projet de scierie-usine de 70 hectares dans le Tarn à Mazamet  !

Dépasser la logique de l’urgence

Face à la multiplication des projets inutiles et imposés, la logique de l’urgence, si elle peut empêcher des chantiers localement, ne permet pas une lutte efficace de défense des forêts.

Face à ce constat, le 2 août 2021 l’Appel pour des forêts vivantes est lancé. Il rassemble aujourd’hui 21 structures, notamment la CGT Forêt, le SNUPFEN et des associations naturalistes. Si la stratégie doit être peaufinée au cours de l’année à venir, la coordination propose déjà de fonctionner par saison  : à l’automne des week-end d’action dans chaque groupe local, en hiver une assemblée des luttes pour réfléchir à long-terme, et au printemps une action non violente sur un lieu unique. Un espoir pour TPMF, qui aimerait bien que l’action du printemps se déroule à Lannemezan.

Cette coordination nationale semble dépasser les précédents cadres d’union : il s’agit d’une coordination entre naturalistes, associations et syndicats qui n’est pas seulement de forme, comme cela a pu être le cas par le passé. À nous d’être présent·es lors de l’AG hivernale pour y défendre des positions autogestionnaires !

Erable (UCL Toulouse)

  • Pour aller plus loin  :

«  Industrie forestière  : laissez-nous respirer dans les Pyrénées  », Alternative libertaire, octobre 2020.

Abracadabois à la ZAD, une émission de 50 minutes de Radio Zinzine, disponible sur le site Alternativesforestieres.org

[1Le bois d’œuvre représente 9 à 12 % de la masse d’un hêtre.

[2Syndicat national unitaire des personnels des forêts et de l’espace naturel - Solidaires.

 
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