Dico anticapitaliste : Que serait « un monde sans frontières » ?

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Chaque mois, un mot ou une expression passée au crible par Jacques Dubart.

La Révolution française contribua à l’émergence d’une conscience « mondiale ». Ainsi Condorcet, dans son Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, publiée en 1795, écrivait : « Nos espérances sur l’état à venir de l’espèce humaine peuvent se réduire à ces trois points importants : la destruction de l’inégalité entre les nations ; les progrès de l’égalité dans un même peuple ; enfin, le perfectionnement réel de l’homme. » Comme les anarchistes aujourd’hui, à rebours de la mondialisation capitaliste, les frontières que voulait supprimer Condorcet étaient déjà celles de l’inégalité. Depuis 1992, l’Union européenne (UE) supprime les frontières en son sein mais pour mieux les renforcer contre l’Est et le Sud. Le président de la Commission, José Manuel Barroso, affirme que la construction européenne est « une chance pour ceux qui vivent, circulent et font des affaires en Europe ». Contrairement aux bons sentiments affichés, l’UE dresse bien plus de barrières entre les peuples qu’elle n’en supprime ! La Première Internationale, fondée en 1864 et rassemblant encore « marxistes » et « anarchistes », a donné, elle, une signification claire aux aspirations internationalistes. Le mot d’ordre « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » portait en germe un monde sans frontières, et proposait dans l’immédiat un monde de solidarité par-dessus les frontières : celui du prolétariat international.Aujourd’hui, au nom de la « liberté » du commerce, le capitalisme dresse des murs entre les peuples mais abolit les frontières pour les marchandises. Il délocalise les lieux de production et fait exploser les volumes de biens transportés, engendrant une catastrophe écologique planétaire.

Demain, au contraire, le socialisme devra abolir les frontières pour les personnes, en même temps qu’il permettra la relocalisation des productions et l’autonomie économique de chaque région, organisée à partir des ressources et des besoins des populations locales.

Ainsi, l’abolition des frontières au sens où nous l’entendons, cela ne signifie pas un monde homogène, lisse, dans lequel vivrait une humanité moulée dans une culture uniformisée. Les différentes régions du monde seraient toujours organisées autour de modes de vie et de culture variés, héritages de l’histoire de chaque peuple. Le communisme libertaire porte le projet d’un monde qui serait la maison de toutes et de tous, où la liberté serait non pas celle des capitaux et des marchandises, mais celle de la rencontre des cultures, des langues et des civilisations.

 
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