Dossier : Intervention occidentale : L’alibi humanitaire

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La contre-offensive victorieuse des armées kadhafistes, en Libye, a servi de prétexte aux puissances occidentales pour intervenir. Même si l’offensive semble avoir stoppé l’élan contre-révolutionnaire, l’Occident entend d’abord défendre ainsi ses intérêts.

Voler au secours de la révolution libyenne : tel serait le noble but de la coalition qui, le mois dernier, a pris l’initiative de lancer une vaste offensive militaire contre les troupes fidèles à Kadhafi. Certes, l’intervention occidentale semble arriver à point nommé, dans un contexte où les armées du leader libyen ne cessaient de progresser, pendant que les insurgés essuyaient des défaites à répétition.

La situation est toutefois plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord. Si les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne étaient à ce point soucieux du bonheur des peuples arabes, pourquoi alors ont-ils limité leur action au cas libyen ? Dans le même temps, une répression féroce s’est en effet abattu sur les opposants au Bahreïn, sans qu’aucun gouvernement occidental n’y trouve rien à redire.

Une politique à géométrie variable

Deux poids, deux mesures : ce qui laisse supposer que les motivations de la coalition sont bien éloignées de la propagande, savamment entretenue par la presse. Du reste, les politiciens qui aujourd’hui n’ont pas de mots assez durs pour condamner Kadhafi sont les mêmes qui, il y a peu de temps encore, entretenaient les meilleures relations avec les principaux dictateurs du monde arabe. Sarkozy n’avait-il pas accueilli en grandes pompes Kadhafi en personne à l’Élysée, en 2007 ?

En fin de compte, le risque – par ailleurs tout à fait réel – d’un massacre des insurgé-e-s aura fourni un excellent prétexte, pour justifier les opérations militaires. Or, quand bien même celles-ci ont permis de stopper la contre-offensive kadhafiste, elle ne fait pas grand cas des populations locales.

Si le but premier des puissances occidentales avait été d’apporter une aide désintéressée au peuple libyen, il y aurait eu bien d’autres façons de le faire que de bombarder des villes. Il aurait par exemple été envisageable de fournir des armes à la révolte, ou bien de rompre avec les politiques répressives mises en place à l’encontre des migrants venus des pays arabes en général. Or, rien de tout cela à l’horizon : et cependant que Kadhafi a largement recouru à un armement lourd, acheté à grands frais aux entreprises occidentales, les polices européennes accomplissaient leur besogne, en renforçant les patrouilles du système frontex pour regrouper les réfugiés.

Alternative libertaire réitère son soutien aux peuples du Maghreb et du Machrek en lutte pour leur liberté. Nous incitons les travailleurs et les jeunes de ces pays à poursuivre la révolution aussi loin que possible et à ne pas se faire confisquer leurs mouvements par les puissances occidentales. Nous exigeons l’arrêt des bombardements en Libye et le retrait des troupes étrangères du Bahreïn. Nous appelons l’ensemble des organisations politiques, syndicales ou associatives de France s’opposant à la guerre à agir en commun pour faire cesser l’intervention militaire française en Libye.

Sophie Boulez (AL Paris Sud)

 
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