Dossier prison : Le travail ? Au doigt et à l’oeil

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Depuis 1983, le travail n’est plus obligatoire pour le ou la détenu-e. Il n’est pas le centre de la « rédemption » et ne fait plus partie intégrante de la peine. À ce titre, les détenu-e-s qui travaillent en détention devraient être considéré-e-s comme des travailleur-se-s, avec les droits qui accompagnent ce statut. Il n’en est évidemment pas question.

La pauvreté qui gangrène la population pénale nous enseigne deux choses : ce sont les personnes issues des classes populaires qui sont largement incarcérées [1] et elles ne peuvent que très rarement bénéficier d’aides financières extérieures. Or la vie en prison coûte cher. Pour améliorer un quotidien souvent peu ragoûtant en ce qui concerne les repas, pour s’offrir la télévision en cellule (à 25 euros par mois, c’est un luxe), pour s’habiller avec autre chose que les vêtements fournis par l’administration, il faut de l’argent. Travailler devient donc une nécessité.

La chance d’être « classé »

On propose de travailler à chaque nouveau et nouvelle détenu-e, selon les possibilités de l’établissement et des critères de priorité, allant du bon comportement à l’indigence. Les plus pauvres sont prioritaires, théoriquement. Mais le critère du comportement peut laisser une grande marge d’ajustement, à la discrétion de l’administration. Le travail étant rare, on peut parler de chance d’être « classé », jargon signifiant que l’on accède à un poste de travail.

Le travail en prison, c’est quoi ?

Trois prestataires ou groupes de prestataires fournissent du travail aux détenus. Tout d’abord, les établissements eux-mêmes font travailler des détenu-e-s au service général, c’est-à-dire pour l’entretien et le fonctionnement des prisons. De l’auxiliaire d’étage qui sert les repas et entretient la coursive aux détenus qui entretiennent les pelouses, ces postes sont nombreux et réservés à des personnes dites « de confiance ».

Ensuite, la Régie industrielle des établissements pénitentiaires (RIEP) : l’administration propose ses services à des entreprises extérieures, qui profitent de la main-d’œuvre présente dans les établissements. Par exemple, la numérisation des archives de l’INA est réalisée en partie par des prisonniers et des prisonnières.

Enfin, les prestataires extérieurs. Par le biais de pactes, les établissements mettent à la disposition d’entreprises des ateliers dans lesquels des détenu-e-s travaillent sous le contrôle des contremaîtres de la boîte qui les embauche.

Salaires misérables

Le travail en prison, ce sont des cadeaux faits aux employeurs qui bénéficient d’un coût du travail minime et de salarié-e-s forcément dociles. Quel que soit le poste occupé, les salaires mensuels ne dépassent que très rarement 300 euros. Il est évident que le coût du travail est ridicule pour les employeurs, qui ont bien compris l’intérêt de s’engouffrer dans cette brèche. Et, bien sûr, le Code du travail ne franchit pas les portes des prisons. Toute forme d’organisation est interdite, toute revendication considérée comme suspecte. Les allocations-chômage n’existent pas. Les détenu-e-s ne peuvent qu’obéir au doigt et à l’œil.

Il ne faut pas non plus oublier que ceux qui travaillent peuvent bénéficier de réductions de peine supplémentaires. C’est le principe de la carotte et le bâton qui s’applique sans vergogne.

Il est inadmissible que les organisations syndicales ne se penchent pas sur cette catégorie de salarié-e-s, certes particulière mais porteuse de revendications.

Leur silence signifie-t-il que les détenu-e-s, encore une fois, ne doivent compter que sur eux-mêmes pour faire valoir leurs droits ? La cocotte-minute, quand elle explose, fait des dégâts sans distinction... Ne faisons pas semblant d’agir, agissons !

Antoine (AL Agen)

[11. Voir Les Prisons de la misère, de Loïc Wacquant.

 
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