Droit à la formation : La destruction silencieuse de la formation professionnelle
Conquête sociale, le droit à la formation professionnelle subit ces dernières années une succession d’attaques discrètes mais déterminées, dans une logique austéritaire.
Le droit à la formation professionnelle est une des conquêtes des mobilisations de Mai 68. Pour les syndicats, elle doit alors protéger les travailleurs et travailleuses des évolutions des métiers et des compétences, en leur permettant de financer régulièrement des formations en rapport avec leur métier, ou avec une reconversion professionnelle.
En 2017, l’idée est récupérée sous un verni libéral dans le programme d’Emmanuel Macron. Il y défend l’idée de « flexisécurité » : il faudrait accepter des conditions d’emploi de plus en plus précaires, inévitablement imposées par les sacro-saintes lois du marché, en échange de quoi l’État renforcerait l’assurance chômage et la formation professionnelle. Neuf ans plus tard, on sait à quoi s’en tenir pour l’assurance chômage, régulièrement attaquée par les gouvernements successifs.
De son coté, la casse de la formation professionnelle a sûrement été plus discrète. Elle est profondément réformée en 2013 : le droit individuel à la formation (DIF) devient le compte personnel de formation (CPF), la disparition du mot « droit » n’est pas anodine, elle s’accompagnera bientôt de la création des opérateurs de compétences (OPCO), chargés d’accompagner la formation professionnelle : peu à peu, le projet social est effacé au profit d’une vision entièrement libérale et patronale, au seul service de l’économie et du capital.
Puis en 2020, le lancement de la plateforme Mon Compte formation permet d’accéder directement a ses droits et facilite grandement leur utilisation. Il en résulte une utilisation plus égalitaire : le recourt à la formation professionnelle se féminise, et touche plus de salariées non cadres ou sans diplôme [1]. Mais tout cela a un coût : sur la période 2020-2024, le nombre de formations effectuées est multiplié par trois, et le coût pour l’État par deux par rapport à la période 2015-2019.
Alors que l’ambiance est à l’austérité budgétaire, cette hausse ne peut pas durer. Elle subit une première attaque en mai 2024. Avec l’instauration d’un « reste à charge » obligatoire de 100 euros pour toute utilisation du CPF : il faut désormais payer pour avoir accès aux droits pour lesquels on a cotisé. 2026 marque une nouvelle attaque. Le « reste à charge » est portée à 150 euros, et plusieurs limitations sont mises en place, dont un plafond de prise en charge de 1 500 euros par formation. Il est désormais impossible d’utiliser librement ses cotisations, quelque soit le montant économisé.
Mais la conséquence la plus brute de cette casse de la formation professionnelle était incarné par l’Afdas cet hiver. L’Assurance formation des activités de spectacle est l’OPCO responsable de tout le secteur de la culture, et notamment des intermittents et intermittentes du spectacle. Début octobre, il a soudain annoncé qu’aucune demande de formation ne serait acceptée au dernier trimestre 2025. La raison invoquée : les caisses sont vides. Dans les fait, ce sont plus de 500 000 travailleurs et travailleuses qui ont été privées d’accès à leurs droits pendant 3 mois [2]. Particulièrement impacté par les coupes budgétaires ces dernières années, le secteur de la culture est le canari dans la mine : il préfigure la destruction à venir du droit à la formation professionnelle si nous ne nous mobilisons pas pour le défendre.
N. Bartosek (UCL Alsace)





