Droit à la ville : Le Capital à l’assaut de nos espaces

Le projet d’un nouveau stade à Brest n’est pas un phénomène isolé [4]. La construction de ce nouveau stade obéit à des logiques d’urbanisme très courantes sous un capitalisme prédateur, au-delà de la simple opposition projet par projet, nous pouvons construire une vision de la ville capable de la transformer.
L’envie d’une nouvelle enceinte en périphérie de Brest n’est que le dernier venu d’une foule de projets cherchant à faire quitter leurs résidences historiques aux clubs de foot de haut niveau. On peut expliquer ce phénomène par l’inflation démesurée du football où la course au maintien en Ligue 1 est au moins autant une course au revenu qu’une affaire de résultats sportifs dans un championnat qui subit lui-même la pression économique des autres championnats européens.
La construction d’un nouveau stade est l’occasion pour le promoteur (privé ou public) d’un développement, voire du re-développement d’un terrain. Les emplacements choisis sont systématiquement en périphérie des villes. Dans certains cas comme à Brest, les terres ne sont pas encore artificialisées et les nouvelles infrastructures vont participer à l’étalement urbain. Dans d’autres cas, comme à Turin, le terrain est celui d’un quartier considéré comme « délabré » où vivent les populations issues de l’immigration africaine et les Roms par exemple. Le stade va permettre de « régler cette situation », c’est-à-dire gentrifier le quartier [1].
Une ville transformée en parc d’attraction
Ces nouveaux développements portent en eux un fonctionnalisme de l’espace, c’est-à-dire, qu’ils organisent l’espace autour d’une seule activité : ici, la consommation. En effet, le stade de foot n’est plus aujourd’hui un espace avant tout tourné vers le spectacle mais le foot devient une activité « prétexte » pour développer des activités commerciales au sein même du stade. Pour les plus grosses constructions, le centre commercial intégré devient absolument nécessaire et l’ajout d’aménités supplémentaires comme des hôtels, des magasins de vente au détail ou d’équipements de loisirs font tendre vers un modèle de « parc d’attraction ». Pour consommer au sein de ces magasins toujours plus nombreux, il faut aussi un nouveau public « plus familial », comprendre ici : une clientèle avec un plus gros pouvoir d’achat. Cette construction s’opère par une augmentation globale des prix des billets, la réduction de l’offre de places bon marché ou encore des mesures hostiles aux ultras [2]. Construire un nouveau stade en zone périurbaine est une manière efficace de s’affranchir des limites imposées par les formes urbaines des quartiers (très souvent populaires) où sont implantés les stades historiques, tout en le rapprochant des nouveaux publics cibles (familles périurbaines motorisées avec plus de revenus).
Il s’agit de transformer des espaces en lieux de consommation pour optimiser les profits. Cette logique n’est clairement pas inhérente au monde du football, ou même du sport en général. Sous le capitalisme, la marchandisation de l’espace est une force inévitable face à la nécessité de croissance qui s’impose à toutes les entreprises en concurrence les unes avec les autres. Ce genre d’analyse peut être décliné sur les parcs d’activités, les centres commerciaux en plein air ou les quartiers touristiques qui transforment la ville en autant de mini « parcs thématiques » dans le but d’en extraire le plus de valeur. La course aux investissements, pour lesquels les territoires sont en concurrence, amène les décideurs politiques à laisser les forces du capital choisir les nouvelles formes que doit revêtir la ville.
Face à cela, les combats que nous menons pied-à-pied sur le terrain doivent être guidés par un projet politique. Quelle ville voulons-nous pour aiguiller notre vision transformatrice ? Ils doivent aussi servir de base pour cette dernière et créer ainsi un véritable droit à la ville.
L’élaboration d’un programme pour un droit à la ville doit permettre au niveau local de faire converger les différents champs de lutte. La question du logement peut être liée à la question du tourisme qui est elle-même rattachée à la question du marketing territorial. Or un nouveau stade est souvent vendu comme une façon d’améliorer l’image de marque de la ville [3].
Le cycle qui s’ouvre avec les élections municipales de 2026 sera un nouveau champ de lutte concernant la vision de la ville. Aux États-Unis, à New York ou encore à Seattle, les socialistes ont mené bataille et ont gagné autour des thèmes du droit à la ville et au logement. Il est probable que de tels enjeux émergent aussi en France et partout ailleurs dans le monde. Si des convergences peuvent exister avec le socialisme municipal (le vrai), le mouvement social doit garder son autonomie et porter des revendications de transformation qualitative au sein des villes.
Construire un programme pour le droit à la ville
Les approches sociales-démocrates, comme la ville du quart d’heure, portent en elles une contradiction principale dans les mots de son théoricien Carlos Moreno. En effet, selon lui, « il y a des aspects [de l’organisation urbaine] qui n’ont pas de solution puisqu’elles dépendent de changements par les entreprises privées ». En tant que militantes et militants écologistes, syndicalistes ou communistes libertaires, nous avons les outils pour la surmonter.
Par exemple, la question de l’accès à l’emploi dans une ville qui se veut moins dépendante de la voiture est centrale. Nous avons déjà pu évoquer la question de la mobilité dans les pages d’Alternative libertaire, mais nous pouvons aller plus loin à partir de nos propres connaissances de terrain au sein de nos unions locales et de nos collectifs de travail. Le chantage à l’emploi est souvent l’occasion pour le Capital de choisir l’emplacement du lieu de travail et d’imposer ses politiques urbaines. Ces considérations géographiques ont des effets véritables sur le rapport de force Capital-travail (télétravail, implication syndicale possible...). Autant de ponts peuvent être construits, pour proposer quartier par quartier, ville par ville un programme de transition capable de nourrir les luttes.
Corentin (UCL Finistère)






