Droit du travail : L’Ani : un ennemi difficilement identifiable

Version imprimable de cet article Version imprimable


La mobilisation contre l’Accord national interprofessionel (Ani) n’a pas été à la hauteur de l’attaque du patronat, soutenue par les syndicats réformistes et concrétisée par le gouvernement en place.

L’accord national « d’insécurisation de l’emploi », favorable au patronat, vient de passer devant le parlement pour y être adopté. Le 9 avril, jour de vote à l’Assemblée nationale, la CGT, Solidaires, FSU, FO ont appelé à plusieurs manifestations dans toute la France. Avec très peu d’appels à la grève, ou plus que minoritaires, cette deuxième journée était malheureusement moins importante que celle du 5 avril. Si d’autres initiatives ont pu avoir lieu, comme le 17 avril devant le Sénat, elles étaient davantage symboliques que conséquentes. Cette faible mobilisation sur le terrain en terme de construction de rapport de forces n’est pourtant pas synonyme de soutien des salarié-e-s à l’accord, bien au contraire. Seulement, la complexité de la loi rend la lutte plus difficile.

Certaines organisations syndicales, mais aussi différents réseaux militants, soutenus par des organisations politiques, n’ont pas chômé pour tenter d’expliquer concrètement les dangers de l’Ani.

La technicité de l’accord brouille les enjeux

Argumentaires divers et variés, tracts nationaux et d’entreprises, utilisations de la vidéo, pétition nationale, tribunes médiatiques... et pourtant, nombre de salarié-e-s n’ont pas forcément décrypté les enjeux ou les conséquences auxquelles ils et elles seraient confronté-e-s par la suite. S’il est vrai que l’Ani ne fait qu’élargir de manière importante les brèches d’un code du travail permettant déjà un certain nombre de reculs sociaux, il fait du chantage à l’emploi la norme des relations de travail. Les salarié-e-s ont cependant dû faire face à des années de bourrage de crâne médiatique, d’explications des organisations syndicales signataires désormais « majoritaires », qui excluent les salarié-e-s des débats. Si le rôle du Comité d’entreprise (CE) ou du Comité d’hygiène et de sécurité (CHSCT) en sont restreints voire totalement amputés sur certaines questions, le chômage de masse plonge des millions de salarié-e-s vers le fatalisme : « C’est comme ça », « C’est mieux que rien »... Est-ce que ça pourrait finalement être pire alors que les licenciements économiques sont déjà si nombreux ? Malheureusement, oui !

Solidaires et CGT ont mené un vrai travail d’éducation populaire de décryptage des conséquences de cet accord, alors même que FO tentait de tenir des positions d’équilibriste en signant le même genre d’accords à Renault ou PSA. Si les « amis de l’Ani qui sont nos ennemis » ont quasiment « gagné », c’est principalement dû à la bataille d’idées engagée contre le syndicalisme de lutte et la solidarité ouvrière face au patronat.

Les amis de l’ani sont nos ennemis

Devant cela, il faut certes arriver à retrouver des perspectives en terme de revendications, telles le droit de veto des salarié-e-s sur les licenciements ou l’autonomie productive, mais aussi redonner espoir et confiance dans nos capacités à changer les choses par nous-mêmes. En redressant la tête, en prenant conscience du (contre) pouvoir que nous sommes, en réaffirmant le rôle du syndicalisme de transformation sociale... on pourrait faire de l’Ani un mauvais souvenir en quelques années.

RoberK (AL Montreuil)

 
☰ Accès rapide
Retour en haut