Antipatriarcat

Droits reproductifs : Les USA financent la destruction de contraceptifs




L’information selon laquelle un stock de contraceptifs américains risquait d’être détruit sur le sol français par l’administration Trump a choqué et a poussé le Mouvement français pour le planning familial à une mobilisation rapide.

Cet été, le Département de l’efficacité gouvernementale (en anglais, « Department of Government Efficiency », abrégé en DOGE), sous l’autorité de Elon Musk, a pris la décision d’incinérer des stocks de contraceptifs destinés à l’aide humanitaire, d’une valeur équivalente à 10 millions d’euros. La Fédération internationale des planning familiaux (IPPF) a dénoncé cette décision et alerté qu’elle conduira à priver de contraception 1,4 million de femmes et de filles, dans des pays où les avortements à risque figurent parmi les premières causes de mortalité maternelle.

Une mobilisation rapide en France

Informé de la présence de stocks en France et en Belgique pour y être incinéré, le réseau international de l’IPPF et notamment le Planning familial français, s’est rapidement mobilisé pour tenter de sauver les contraceptifs. Les militants et militantes ont interpelé la presse et les pouvoirs publics, ont communiqué largement sur ce scandale et ont lancé une pétition.

Il a été tenté d’intervenir directement auprès des entreprises impliquées dans la livraison ou la destruction des contraceptifs, mais l’opacité était complète. Ne pouvant savoir où se ferait l’incinération, le Planning familial a lancé une action nationale dans l’espoir de mettre la pression sur le gouvernement français : les militantes et militants se prennent en photo devant les incinérateurs les plus proches, avec des drapeaux du Planning familial et des pancartes dénonçant : « Trump détruit des vies », « Silence français = complicité ».

L’association, dans une déclaration commune, qualifie cette destruction « d’un acte intentionnel de coercition reproductive ». En effet, la plupart de ces contraceptifs ne périmaient qu’en 2027 ou 2029 et étaient déjà emballés et prêts à être distribués. De nombreuses organisations internationales ont offert de racheter ou de redistribuer à leurs frais les contraceptifs, ce qui a systématiquement été refusé par le gouvernement états-unien. 

Les droits reproductifs continuent d’être attaqués de nos jour, directement et indirectement.
Unsplash/rhsupplies

La mise en scène du gâchis

Cette destruction s’inscrit dans la fulgurante attaque menée par les services du DOGE contre l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) dans son ensemble. Fondée en 1961, cette agence avait pour mission d’assurer « l’aide humanitaire américaine et le développement économique à l’étranger ». Avec un budget annuel de 42,8 milliards de dollars et présente dans une centaine de pays, l’USAID, souvent présentée comme le « premier pourvoyeur d’aide humanitaire dans le monde », était un pilier du soft power états-unien.

Or, sous le pilotage d’Elon Musk, le nouveau Département gourvernemental – dont la mission est d’organiser « le démantèlement de la bureaucratie gouvernementale » – a mené un audit express de l’agence USAID. Après une très violente campagne de dénigrement de l’institution par Trump et ses partisans, le rapport a sans surprise conclu à la nécessité immédiate de fermer l’agence, au prétexte que ses actions allaient à l’encontre des intérêts et objectifs stratégiques des États-Unis.

Ce que nous apprend cet épisode, c’est bien que la raison budgétaire est seconde après les raisons idéologiques fascistes. Non seulement cette destruction n’aura pas permis d’économiser un dollar, mais elle aura entraîné des coûts supplémentaires en transport, stockage et pour l’incinération des produits. De plus, l’ensemble des salariées a été placé en congé administratif du jour au lendemain, tandis que le siège de l’agence était rendu inaccessible et son site internet suspendu. Les employées travaillant à l’étranger et leurs familles n’ont eu que 30 jours pour revenir aux États-Unis. Dans la presse internationale, des employées parlent de « chaos total » au sein de l’agence.

La façon extrêmement brutale dont est démantelée l’USAID apparaît comme une démonstration de force dont l’objectif est de susciter l’effroi.

Lutter encore pour le droit à disposer de son corps

Les droits reproductifs sont clairement ciblés par les pouvoirs réactionnaires et ce n’est pas le gouvernement français qui les protégera. Si la liberté de recourir à l’avortement est désormais inscrite dans la Constitution, l’effectivité de ce droit reste insuffisante.

Ainsi, le Planning familial dénonce des accueils culpabilisants, des centres IVG fermés ou injoignables, la désinformation, des méthodes imposées, des délais d’IVG proposés par les établissements en deçà des délais prévus par la loi, un nombre de consultations difficilement compatibles avec une vie familiale ou professionnelle, sans compter la désinformation et la lutte que mènent les anti-choix en dehors mais aussi au sein des structures de santé.

Dans les territoires ruraux, l’accès à l’avortement mais aussi à la contraception et à un suivi de grossesse adapté sont depuis longtemps compromis. La France est ainsi un des seuls pays d’Europe où la mortalité infantile augmente. En cause, les fermetures de maternité et le manque de personnels.

Les salariées des secteurs de la santé et associatifs se mobilisent face à l’austérité et rappellent la fragilité des droits conquis par les femmes. Ainsi, si Trump représente la version la plus excessive des attaques contre les droits reproductifs, nos gouvernements libéraux peuvent se placer du côté des progressistes tout en coupant les fonds qui permettent concrètement l’accès à ces droits. Même au niveau idéologique, la volonté de contrôle du corps des femmes est toujours latente, qu’elle prenne la forme d’une bienveillance paternaliste – « C’est un droit, mais c’est toujours un drame pour une femme » – ou s’affiche de manière plus décomplexée avec le « réarmement démographique », un ­terme que Macron emprunte au dirigeant d’extrême droite hongrois Viktor Orbán.

Les 26 et 28 septembre dernier, les rassemblements pour le droit à la contraception et à l’avortement n’ont comme souvent pas beaucoup mobilisé. Peut-être ces dates doivent-elles être revitalisées, non seulement pour célébrer nos combats passés et soutenir les luttes à l’étranger, mais pour rappeler qu’encore aujourd’hui, en France, ce droit est attaqué et que des luttes ­restent à mener [1].

Aujourd’hui comme hier, la lutte antifasciste est internationale !

Claire (UCL Lille) et Camille (UCL Lyon)

 
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