Édito : Donner un débouché social à une victoire électorale

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Un débat aussi vieux que le mouvement ouvrier travaille de façon récurrente les différents courants se réclamant de l’anticapitalisme. Les luttes peuvent-elles être porteuses de leur propre dynamique politique et donc d’un projet de transformation sociale ou leur sort dépend-il d’un débouché politique que seuls les partis concourant à la prise du pouvoir d’État peuvent lui donner ?

Une fois de plus les libertaires et plus largement les défenseurs de l’autonomie des mouvements sociaux se retrouvent confrontés aux partis de gauche et d’extrême gauche ainsi qu’à leurs sympathisantes et sympathisants qui, à la faveur de la victoire du non, rêvent de reconstruire une gauche radicale à la gauche du PS.

Cette perspective qui semble séduire nombre de participante et de participantes des collectifs pour le Non liés à l’Appel des 200, laisse rêveur.

Un pôle de radicalité qui irait des socialistes de gauche à la LCR et dont l’ambition serait d’influer sur les choix politiques devrait pour cela composer avec la gauche libérale (PS, Verts), qu’il participe ou non à un gouvernement de gauche. Ne pouvant prétendre à l’hégémonie, il sera donc dépendant des choix politiques du pôle libéral. 1981, 1997 ... 2007, l’histoire pourrait se répéter une fois de plus pour le pire. Durant les années 1970, puis après les grèves de novembre-décembre 9B, la plupart des courants qui composent ce cc pôle radical » en devenir ont voulu donner un prolongement politico-institutionnel aux luttes. On connaît la suite.

Alors qu’un non fortement teinté d’aspiration à la transformation sociale vient de l’emporter, ne pourrait-on pas renverser les termes de l’alternative en essayant de construire par les luttes un débouché social à une victoire électorale ?

Car il faut savoir ce que l’on veut.

Certes, la victoire du non est très importante car elle contribue à délégitimer une politique qui profite d’abord et essentiellement au capital. Mais la crise politique salutaire dont elle est porteuse risque de tourner au mirage, si elle ne débouche pas sur une véritable confrontation sociale des opprimé-e-s avec le capital et l’État qui sert ses intérêts. Patrons et gouvernants eux ne confondent pas les moyens et les fins. Ils s’assoient déjà sur les résultats du référendum, comme ils se sont assis sur la censure partielle de la loi Fillon par le conseil constitutionnel. Pour eux la démocratie n’a de sens que si elle vaut approbation de leurs orientations, la légalité n’est qu’un rideau de fumée qu’ils contournent aisément lorsqu’elle contredit leur politique de classe.

Après le 29 mai, il serait temps de passer de la colère par procuration à l’insurrection créatrice pour qu’enfin les choses changent.

Alternative libertaire, le 29 mai 2005

 
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