Edito : Pauvre Bernard Kouchner

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Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, était jadis un tonitruant apôtre du « droit d’ingérence humanitaire ». Il en était même un des idéologues, avec un livre corédigé en 1987, Le Devoir d’ingérence (Denoël). Il s’agissait alors d’habiller de neuf une pratique impérialiste vieille comme le monde et qui consistait, pour les États les plus puissants militairement, à invoquer un motif « humanitaire » – défendre des minorités chrétiennes, le plus souvent – pour attaquer des États plus faibles et s’en partager les meilleurs morceaux. Jusqu’en 1914, l’Empire ottoman et la Chine firent largement les frais de cette politique.

C’est au nom de ce « droit d’ingérence » qu’il fallait occuper la Somalie (en 1992), sauver le régime génocidaire au Rwanda (en 1994), bombarder la Serbie (en 1999) ou renverser Saddam Hussein (en 2003).

En revanche, lorsque la Chine assassine la société tibétaine, il est urgent, pour Bernard Kouchner, de ne pas invoquer ce « droit d’ingérence ».

Bien sûr, nul n’a imaginé que le ministre socialo-sarkozyste brandirait des menaces de guerre contre Pékin, comme il l’avait fait avec superbe contre Téhéran. Les défenseurs des droits humains ont quelques notions de géopolitique et n’en demandaient pas tant. Le boycott des Jeux olympiques leur paraissait un minimum. Las ! Toute la hardiesse du French Doctor s’évapore quand il s’agit de vexer la Chine et de toucher au porte-monnaie Coca-cola, Adidas, General Electric, McDo, Time Warner, Samsung, et les autres multinationales qui sponsorisent la grande messe sportive.

Alternative libertaire, le 22 mars 2008

 
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