Éducation : Non, l’unité syndicale n’est pas un frein à l’action de terrain

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Le gouvernement démantèle l’école publique par ses réformes éducatives et sa politique salariale, cependant son ministre de l’Éducation, Blanquer, n’a jamais été aussi fragilisé. On peut interroger le rôle et les stratégies des syndicats de l’intersyndicale FSU-FO-CGT et SUD.

L’année scolaire qui débute s’annonce riche en mobilisation du côté des personnels de l’Éducation nationale. S’il y a bien une envie et surtout des raisons de lutter chez les personnels, la fragmentation du paysage syndical ne permet pas d’amplifier ces mobilisations. Cette année pourrait être décisive pour les organisations syndicales de l’Éducation nationale : arriveront-elles à construire un cadre intersyndical au service des luttes ?

Des réformes libérales qui s’accélèrent...

Le ministre de l’Éducation nationale s’est assuré que la rentrée des classes se passe « bien ». Soucieux de son image, il a multiplié les annonces rassurantes dans les médias : des contrats de trois ans pour tous les personnels AESH (accompagnant des élèves en situation de handicap), des classes de CE1 dédoublées et surtout une application sereine de la réforme du lycée.

Pourtant les syndicats des personnels de l’Éducation nationale tirent un tout autre bilan de cette rentrée. Dans de nombreuses académies, les AESH n’ont pas signé ces fameux contrats de trois ans. Les locaux scolaires ne sont souvent pas adaptés au dédoublement en CE1. Les suppressions de poste aggravent les conditions de travail. La réforme du lycée est à tel point impopulaire que des centaines d’enseignants se sont réunis avant même la rentrée à l’Université d’été de l’éducation pour réaffirmer leur mécontentement.

Les réformes des lycées et de l’orientation (Parcoursup) sont un point de crispation important en cette rentrée 2019 car elles sont symptomatiques de la manière de procéder du gouvernement : Parcoursup est par exemple appliqué dans les lycées avant même d’être voté. À la rentrée 2019, les enseignant·es ne connaissent toujours pas ni le contenu ni les modalités des épreuves terminales du bac qu’ils et elles doivent pourtant préparer avec leurs élèves.

Tous les éléments du libéralisme sont présents : individualisation des parcours, casse du cadrage national des diplômes, territorialisation de l’enseignement, contractualisation des personnels… Les réformes Blanquer et la gestion de plus en plus sauvage des personnels montrent qu’on a franchi un nouveau pas dans l’adaptation du monde de l’Éducation au libéralisme.

… mais un ministre fragilisé...

La séquence de rétention des notes du bac et de grève des examens est le fruit de plusieurs années de mobilisation et de coordination des personnels des lycées.

D’abord le mouvement « Touche pas à ma ZEP » pour le retour des lycées dans les réseaux d’éducation prioritaire avait permis de rassembler dans une même coordination les personnels qui se mobilisent au « coup par coup », par lycée. Le rejet des réformes Blanquer a permis à cette coordination de réunir plus massivement des collègues et de proposer des modalités d’action plus fédératrices et plus radicales en appelant à bloquer les examens.

Le ministre Blanquer sort, bien sûr, affaibli de cette vague de protestations. Au printemps dernier, suite à la mobilisation des professeurs des écoles, il a dû revenir sur les éléments clivants de sa loi dite « pour l’école de la confiance ». De même, à la rentrée 2019, il tente « d’acheter » le corps enseignant et ses organisations syndicales par des annonces à la petite semaine comme de maigres augmentations salariales (25 euros par mois) dans un contexte de gel du point d’indice et de casse du système de retraites.

Aujourd’hui, la politique de Blanquer est largement impopulaire. Dans les établissements scolaires, les personnels rejettent ses idées réactionnaires en matière de pédagogie et déplorent le manque de moyens en particulier en éducation prioritaire. De même, dans les services de l’Éducation nationale, les conditions de travail sont largement dégradées du fait des suppressions de postes.

La « méthode Blanquer » y est largement critiquée. En effet le Ministre impose des réformes élaborées dans l’urgence à coup de grandes annonces dans la presse sans consulter ni informer ses propres services. Cela a été le cas avec le report du Brevet des collèges en juin dernier annoncé dans la presse avant même que les recteurs n’en aient été informés.

…alors que font les syndicats ?

La situation dans l’Éducation nationale est favorable pour enclencher un mouvement de grève capable de mettre en difficulté le gouvernement et d’arracher des avancées.

Les personnels des lycées ont réussi à se coordonner et à agir en fin d’année, et celles et ceux des écoles au printemps. Malheureusement, ils ne se sont pas mobilisés véritablement ensemble. Les revendications des personnels de l’Éducation sont si nombreuses qu’ils ne parviennent pas à converger : des problèmes locaux concernant les moyens aux mobilisations interprofessionnelles ou sociétales concernant les retraites ou le climat, en passant par les réformes éducatives de Blanquer... Comment se retrouver sur les luttes et agir ensemble ?

Les organisations syndicales ont un véritable rôle à jouer, de leur plus petit échelon local à leur représentation nationale. Les divergences stratégiques au sein de la FSU entre le SNUIpp, syndicat du 1er degré, et le SNES, syndicat du 2nd degré, comme la faible implantation sur le terrain de la CGT éducaction et de SUD éducation, et le repli sur soi de FO n’ont pas permis aux intersyndicales nationales et locales d’impulser de véritables dates de convergences.

Pourtant il a encore été constaté lors de la grève du 17 juin, premier jour des épreuves du baccalauréat, que les appels intersyndicaux permettent d’amplifier les mobilisations. Il y a par conséquent urgence pour les organisations syndicales de l’éducation à construire une unité syndicale de terrain qui permette d’ancrer les mobilisations et de les étendre.

Aujourd’hui, très peu de départements connaissent un cadre intersyndical vraiment unitaire. Souvent le travail intersyndical se borne à décliner localement un appel national à une mobilisation, à vaguement suivre conjointement le cas d’un établissement mobilisé ou à se concerter au moment des instances. Néanmoins, à chaque fois qu’une organisation syndicale parvient à être hégémonique dans un secteur et sur un territoire (les non-titulaires, le 1er degré), elle se libère des contraintes d’un travail intersyndical et préfère agir seule.

Pour beaucoup de syndicalistes, l’unité syndicale apparaît comme un frein au développement de leur syndicat. Cela témoigne sans doute d’un manque de visée stratégique d’une partie des syndicalistes qui font le pari de privilégier le développement de leur outil propre, leur syndicat. Ils et elles pensent qu’un syndicat fort permettra de gagner des avancées pour tous les personnels. Cela serait vrai s’il n’y avait qu’un unique syndicat de transformation sociale dans le champ de l’éducation. Mais dans le cadre de la pluralité syndicale et des attaques contre le paritarisme, cette stratégie est perdante. Elle isole et fragilise les organisations syndicales !

C’est sans doute la tâche des militant⋅es communistes libertaires de faire de l’unité syndicale une priorité dans le but de gagner des avancées pour les personnels. Pour cela, on peut construire des plateformes revendicatives et des stratégies d’action commune à toutes les échelles en impliquant les syndicats dans les espaces d’auto-organisation créés par les personnels en luttes.

Maud (UCL Grand Paris Sud)

 
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