Education nationale : Début de mouvement ou défaite annoncée ?

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Réforme du décret de 1950, flexibilité, précarité, annualisation… Les sujets de mécontentement ne manquent pas. Pourtant, la période électorale n’inspire aux bureaucraties syndicales aucune autre stratégie que celle d’une pression en faveur du vote PS…

Réforme du décret de 1950, flexibilité, précarité, annualisation… Les sujets de mécontentement ne manquent pas. Pourtant, la période électorale n’inspire aux bureaucraties syndicales aucune autre stratégie que celle d’une pression en faveur du vote PS…

Le ministre de l’Éducation nationale, Gilles De Robien, s’est donné une mission avant la prochaine élection présidentielle : réformer l’école de fond en comble et en faire une entreprise à l’image, par exemple, de la SNCF ou encore de La Poste, où l’externalisation des missions de service public est monnaie courante et les personnels soumis à la flexibilité. L’arme fatale du ministère ? Une réforme du décret de 1950 régissant les missions et les devoirs des enseignantes et enseignants du second degré.

La première vraie salve de contre-attaque – que les bureaucraties syndicales pensaient sûrement être la dernière – s’était déroulée le 18 décembre. Plus de 50 % de grévistes sur les projets de refonte du décret de 1950, cela faisait un bail que le petit monde enseignant n’avait pas vu ça : il fallait remonter à 2003 et à la lutte contre la réforme des retraites ! Une réforme des retraites qui, soit dit en passant, va de nouveau être remise sur le tapis pour un allongement substantiel des années de cotisation – mais c’est un autre sujet.

Tel le chêne, De Robien, face à la semi-déferlante, n’a pas plié et a continué à faire face à un mouvement pour l’heure en gestation.

Une manif ratée

L’unité syndicale réalisée le 18 décembre n’a donc pas apporté les fruits attendus ! La victoire se fait désirer, et face à l’intransigeance du ministère, seuls les départements et les académies les plus radicales vont, comme dans les luttes précédentes – comme par exemple en 2001 dans les lycées professionnels – donner le la d’un mouvement qui, pour l’heure, reste introuvable.

En fait, depuis la rentrée de janvier, il n’y a eu que des intentions de grève. Les forces syndicales, toutes tendances confondues, ont préféré essayer de réaliser “ l’unité à la base ” en préalable à d’éventuelles tentatives de lutte, plutôt que de prendre le risque de jouer à “ l’avant-garde éclairée ” d’un mouvement supposé n’attendre qu’une étincelle pour démarrer.

Dans ce contexte, il est évident que l’appel de la FSU à une manifestation nationale parachutée le 20 janvier, en refusant toute déconcentration régionale, ne pouvait pas constituer une stratégie efficace pour construire un mouvement de lutte !

Le 20 janvier, la manif nationale de la FSU n’a pas été un franc succès : 20 000 personnes tout au plus, là où 50 000 étaient attendues. C’est la rançon de la division syndicale et de la volonté d’hégémonie de la direction FSU, la principale fédération de l’Éducation nationale, qui a voulu montrer sa propre force à quelques jours de son congrès national. Le jour dit, la manif était à 95 % FSU. Ici où la on pouvait voir des manifestantes et des manifestants CGT, Sud, voire Snalc (droite) ou CNT, mais c’était symbolique. Dans le défilé, la Région parisienne a représenté la moitié des effectifs.

Et pourtant, l’État ne lésine pas

On aurait pu se contenter de hausser les épaules à l’évocation de cette manif nationale du 20 janvier. Pourtant rien n’est simple : dans certaines académies, les directions locales de la FSU ont freiné la montée en puissance de la mobilisation. Dans d’autres au contraire, des intersyndicales se sont mises en place pour lancer des grèves ! Ainsi, sur la manif du 20 janvier, l’intersyndicale FSU-Sud-CNT-CGT de la Seine-Saint-Denis a largement diffusé un tract unitaire se faisant l’écho des établissements en grève contre le décret de Robien, les 5 700 suppressions de postes et les 500 créations dans le primaire pour 24 000 nouveaux et nouvelles élèves (!). L’intersyndicale appelle à la grève à partir du 25 janvier.

Car il y a de quoi ne pas se satisfaire des différents projets qui concernent tous les personnels de l’éducation. En effet, les personnels administratifs et ouvriers résistent encore à la “ décentralisation ” qui les placera sous tutelle des collectivités territoriales, mais pour combien de temps encore ? Les directrices et directeurs d’école résistent à leur changement de statut de super-directeur en faisant la grève du zèle, mais pour combien de temps encore ? Et, si la réforme du décret de 1950 n’est pas battue en brèche, les collègues, dans le secondaire, pourront être ballotté-e-s sur plusieurs établissements, les enseignantes et enseignants d’éducation physique et sportive ne pourront animer une section de l’Union nationale du sport scolaire (UNSS, pour laquelle ils et elles disposent d’une décharge de trois heures hebdomadaires) que selon le bon vouloir du ou de la chef d’établissement !… La liste est longue des régressions en vue.

C’est donc bien d’une approche globale dont les personnels du service public de l’Éducation ont besoin ! Fédérer toutes ces révoltes, c’est bien l’enjeu pour des militantes et des militants révolutionnaires agissant dans quelque syndicat que ce soit ! Certaines directions syndicales l’ont fort bien compris puisqu’elles ont décidé de ne défendre que des revendications corporatistes, réductrices, et ne permettant aucun élargissement à aucun moment que ce soit ! On le verra de toute façon le 8 février lors de la journée d’action concernant la Fonction publique. Face aux attaques libérales, alors que la plupart des collègues préfèrent défendre l’existant et le statu quo plutôt que de proposer des alternatives crédibles, les communistes libertaires ont des choses à dire. À la fois sur la stratégie revendicative à adopter, sur les projets dont tout le mouvement pourrait s’emparer, mais aussi sur des revendications matérielles (la réduction du temps de travail, effectifs par classe, salaires, retraites...).

Autonomie du mouvement social

Là où il y a encore difficulté, c’est dans la présentation d’un projet éducatif alternatif cohérent. Les quelques expériences de pédagogie alternative que nous pouvons mettre en avant dans la discussion ne changent pas fondamentalement les préjugés individuels à l’encontre du communisme libertaire. Il faut encore élaborer, remettre au goût du jour certaines pratiques pédagogiques, autogestionnaires, afin de nous faire mieux comprendre par ceux et celles qui seraient plus enclins à militer, à résister avec nous ! La diffusion lors des manifestations du bulletin du secteur Éducation d’Alternative libertaire est, dans ce sens, un premier pas.

Mais à quelques mois des échéances électorales, il nous faut aussi être clair dans nos choix : certaines directions syndicales liées au PS se contentent volontiers de journées d’action éparses, espérant qu’elles n’enclencheront pas de lutte d’ampleur, mais auront seulement pour prolongement un bulletin de vote PS pour “ chasser la droite ”… Alors que tout le monde sait que le PS fera la même politique que l’UMP. Face à cette stratégie qui inféode les luttes légitimes à des combines politiciennes, nous défendrons toujours l’autonomie du mouvement social dans ses revendications, ses objectifs et ses stratégies.

Notre bulletin de vote, c’est la révolution sociale – et bizarrement ça ne passe pas dans l’urne ! L’important aujourd’hui, c’est déjà de gagner cette lutte !

Secteur éducation d’AL

 
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