Éducation nationale : Laissons-les concourir

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Le rapport Pochard sur le métier d’enseignant marque un pas de plus vers la casse des droits des fonctionnaires. En ligne de mire : la suppression des concours et l’embauche des profs en CDD ou CDI.

On en parle depuis longtemps, et encore plus depuis la publication du livre vert sur l’évolution du métier d’enseignant dit « rapport Pochard ». Ce rapport qui dessine les contours de l’école libérale de demain évoque deux scénarios possibles pour l’évolution du recrutement des profs : soit le maintien de concours mais en les modifiant, soit le changement radical de système de recrutement et en particulier la suppression des concours.

La première option consisterait à simplifier ou regrouper les concours et à développer la bivalence, c’est-à-dire la double compétence disciplinaire chez un enseignant ou une enseignante, par exemple lettres et histoire ou maths et physique).

La seconde option serait la suppression des concours actuels : les candidats et candidates devraient d’abord obtenir un diplôme de type « masters d’enseignement », et une fois muni-e-s de ce diplôme, le recrutement se ferait là encore selon deux scénarios possibles : soit concours très simplifiés (deux épreuves), soit recrutement local : recherche d’emploi par le candidat auprès de l’académie ou de l’établissement (entretien d’embauche), avec sans doute à la clé un contrat de type CDI ou CDD.

Briser les « rigidités »

Cependant, la logique des deux scénarios est la même : l’objectif immédiat est de faire des économies en n’organisant plus les concours ; mais l’objectif second qui est sans doute politiquement le principal est bien sûr de casser le statut des enseignants qui est actuellement lié au concours de recrutement.

Il faut bien sûr lier cela avec le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux et avec l’attaque générale contre le statut des fonctionnaires (voir le projet de loi sur la « mobilité », page 7) : l’État vire les fonctionnaires, et pour les remplacer on change le mode de recrutement pour ne plus avoir à en recruter d’autres.

Le rapport Pochard se situe explicitement dans la lignée de la politique menée par Sarkozy et par la droite depuis des années : briser les diverses « rigidités » liées au statut des enseignantes et des enseignants et plus généralement des fonctionnaires, c’est-à-dire leurs droits (garantie de l’emploi, protection contre l’arbitraire, liberté pédagogique…) pour calquer le fonctionnement de l’école sur celui de l’entreprise capitaliste. En ce sens, d’autres aspects du rapport Pochard sont significatifs : concurrence entre établissements, « contractualisation » grandissante des missions, autorité des chefs d’établissements renforcée, etc.

L’enjeu des concours et de leur suppression est bien là : la fin des concours signifiera sans doute la généralisation d’une relation contractuelle entre l’enseignant et le chef d’établissement ou l’académie sur le modèle du rapport patron-ouvrier (dont on sait qu’il est, par ailleurs de plus en plus désavantageux pour le salarié…).

Passer de la grogne aux mobilisations

Le ministre de l’Éducation s’est déclaré favorable aux conclusions du rapport. La grande majorité des syndicats le jugent inacceptable et en ont fait un motif de mécontentement lors des dernières journées d’action… Alors même que certains d’entre eux se sont complaisamment prêtés au jeu des discussions ayant précédé ce rapport ! Certes, ce n’est qu’un énième rapport, qui n’a pas force de loi, et sur lequel il sera par conséquent difficile de mobiliser les personnels.

Cependant ce rapport préfigure sans doute les futures attaques que préparent Sarkozy et Darcos pour faire de l’école une entreprise et de l’éducation une marchandise. Darcos a annoncé la sortie de son livre blanc expliquant ses (contre)-réformes en mai prochain. Et si on l’ajoute à la saignée des postes, aux modifications attendues du statut de fonctionnaire, aux nouveaux programmes dans le primaire (voir page suivante), il pourrait (et devrait !) être la goutte qui fait déborder le vase.

Mafalda (AL Angers)

 
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