Elections dans la fonction publique : Les équilibres sont maintenus

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Les premières élections professionnelles générales de la fonction publique du 4 décembre 2014 étaient placées sous haute tension avec les révélations de « l’affaire » Lepaon, qui a entachée la CGT et tout le syndicalisme de lutte. Le maintien des équilibres ne doit pas empêcher de revenir sur certaines évolutions.

Les élections professionnelles de la fonction publique du 4 décembre ont d’abord été marquées par de nombreux dysfonctionnements, quelles que soient les modalités de vote. Cela devient désormais une habitude et ça n’a rien de surprenant que les administrations veuillent saper la légitimité des instances représentatives, mais ça n’est pas une raison pour ne pas le rappeler. La participation reste à un peu plus de 50 %.

Sur les résultats, globalement les équilibres sont maintenus : la CGT baisse dans chaque versant de la fonction publique (État, territoriale, hospitalière) mais reste la première organisation sur l’ensemble (23,1%, soit -2,3), Solidaires progresse à l’État et dans la territoriale, recule dans l’hospitalière, recueille 6,8% au total (+0,2), la FSU représente 8% sur l’ensemble mais perd beaucoup dans ses secteurs « forts » [1]. UNSA (+1), FO (+0,5), CFDT (+0,1) progressent légèrement. Ces constats valent également, en gros, pour les élections à la RATP, Orange, la Poste et EDF. Pas de « poussée de FO » comme certains médias ont pu le clamer, ou alors très localisée, enfin la CFDT est loin de passer première et reste à 4 % derrière la CGT. Au vu des difficultés de la période actuelle, ça en serait presque satisfaisant.

Progression des équipes de terrain

Le détail des votes locaux montre cependant que, là où les salarié-e-s sont en contact avec des équipes syndicales combatives, il y a une progression, mais ce vote peut être très différent du vote national. En clair, si certains salarié-e-s ont exprimé une défiance à ­l’égard du syndicalisme en général, du syndicalisme de lutte en particulier ou de la confédération CGT de Lepaon, ils continuent de voter pour les militants et militantes syndicaux qui se battent localement. Cela laisse penser que l’affaire Lepaon a finalement eu peu d’impact là où des équipes syndicales sont au plus près des salarié-e-s. Un élément à avancer dans les débats qui traversent actuellement la CGT : il serait en effet facile de tirer à vue sur la bureaucratie confédérale sans s’interroger sur les mandats donnés aux directions locales et intermédiaires ou sur le fonctionnement des équipes syndicales.

Concernant la FSU, tout syndicat classé à gauche a du mal à se maintenir dans la période, mais cela ne suffit pas à expliquer une telle baisse. Tout d’abord le corporatisme est perçu comme une impasse par une partie des salarié-e-s qui se sont mobilisé-e-s ces dernières années. La FSU a tenté de s’en sortir d’abord en prétendant incarner un pôle de recomposition syndicale, puis en s’élargissant à toute la fonction publique d’État, deux échecs. Elle n’a donc plus ni projet ni raison d’être aujourd’hui. Il faut cependant relativiser sa baisse : elle reste le syndicat majoritaire dans bien des secteurs.

Solidaires se maintient ou progresse dans une série de secteurs où les syndicats ne s’appellent pas « Sud » [2], montrant ainsi qu’on aurait tort de réduire à la seule question du nom l’avenir de ­l’union syndicale Solidaires et des syndicats Sud, débat en cours dans cette organisation.

Notons enfin l’expression d’un salariat franchement réactionnaire, avec une progression de FO et du Snalc (Syndicat national des lycées et collèges) dans l’éducation nationale, de la CFTC dans l’enseignement supérieur et la recherche. Le collectif Racine (Front national dans l’éducation) a bien su politiser ce phénomène en appelant à voter Snalc et FO, ce qui avait suscité une minable réponse de FO rappelant simplement son indépendance politique. La CFTC était quant à elle soutenue par l’Uni  [3] , avec logo sur les professions de foi.

Grégoire (AL Orléans)

[1- 4 % dans le primaire, - 6 % dans le secondaire et le supérieur.

[2Finances publiques, Météo, Eaux et forêts.

[3Union nationale interuniversitaire, regroupant personnels et étudiants d’extrême droite.

 
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