Enseignement supérieur : La permanente insoumission des universités

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Depuis des années, les contre-réformes pleuvent sur les universités sans que des résistances sporadiques parviennent à y mettre un coup d’arrêt. Dans plusieurs établissements, des précaires s’organisent pour obtenir des victoires concrètes sur leurs conditions de travail et d’emploi.

« C’est pire que chez Häagen-Dazs ! », s’exclamait récemment un syndicaliste en écoutant ses camarades universitaires décrire la façon dont les universités traitent leurs employé-e-s précaires. Mais depuis l’échec des grèves nationales de 2007 et 2009 contre la loi relative aux Libertés et Responsabilités des universités (LRU), les étudiants et personnels peinent à construire une riposte à même de sauver le service public d’enseignement supérieur et de recherche. La LRU, confirmée par la loi Fioraso votée en 2013, organise l’ « autonomie » des universités. La logique : laisser les universités gérer elles-mêmes leur masse salariale sans les doter suffisamment ; attendre leur faillite pour les mettre sous tutelle des rectorats qui imposent des suppressions de postes. Un contexte idéal pour faire passer, à terme, l’augmentation des frais d’inscription.

On aurait pourtant tort de croire les étudiants et personnels résigné-e-s. Des tentatives de résistance se sont succédé, mobilisations étudiantes, coordinations et collectifs, tribunes et pétitions... sans atteindre le seuil critique qui aurait permis de faire basculer la tendance. Aujourd’hui, étudiants et personnels sont embarqué-e-s dans un compte à rebours qui leur impose des regroupements d’universités d’ici juillet, pour créer des mastodontes universitaires qui permettront de faire des économies d’échelle : réduire l’offre de formations et supprimer des postes. À l’université de Saint-Denis, après avoir tenté de résister au premier semestre contre un règlement intérieur paranoïaque, étudiants et personnels s’opposent à leur intégration dans une communauté d’universités et d’établissements avec Nanterre.

En attendant la grève générale

Partout, d’AG en AG, on revendique l’abrogation des lois LRU et Fioraso, sans savoir comment s’en débarrasser. Pendant ce temps, la solution trouvée par les établissements pour réduire le « coût » du travail est de multiplier les contrats précaires pour des employé-e-s jetables dont on prévoit la docilité. À moins que...

À Tours, des enseignants précaires ont décidé de ne pas rendre les notes et de ne pas postuler aux postes ouverts pour l’an prochain tant que l’université n’abandonnera pas les contrats plus désavantageux qu’elle veut leur imposer. À Bordeaux, des doctorants chargé-e-s de cours ont fait grève une semaine pour protester contre les retards de paiement. À l’université de Toulouse – Le Mirail, des enseignants précaires se mobilisent pour leurs salaires et leur mensualisation, et la création de postes pérennes. Même à Sciences-Po Paris, des enseignants vacataires luttent depuis plusieurs mois et ont lancé une pétition1. Ailleurs, des précaires se syndiquent. En menant des luttes pied à pied sur les conditions de travail et d’emploi, et en les gagnant, on peut redonner confiance aux étudiants et personnels pour saper les fondements de l’université néolibérale.

Julie (Saint-Denis)

 
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