Antipatriarcat

Espace pour les mineures trans Toulouse (EM2T) : « Il y a un refus d’entendre l’enfant directement »




Ces dernières années, les droits des personnes trans sont amenés au cœur du débat politique par l’extrême droite, dont certains discours à l’encontre des mineures sont repris largement au nom d’une « enfance sacrée ». Alternative libertaire est allé à la rencontre d’Espace mineures trans Toulouse pour échanger sur l’accompagnement des mineures trans dans ce contexte réactionnaire.

Pouvez-vous présenter votre association à nos lecteurs et lectrices, quels sont ses objectifs et modes d’action ?

EM2T : Nous sommes une association existant depuis 3 ans (auparavant c’était un collectif) qui fait de l’accompagnement de mineures trans et non-binaires et leurs proches (famille ou autre adultes représentantes). On se concentre sur l’accompagnement global avec des permanences mensuelles. Nous tentons d’abord de répondre aux différents besoins : santé, scolarité, questions administratives et juridiques, ainsi que le lien familial. Mais on souhaite aussi participer au bien-être des jeunes : leur permettre un lieu d’accueil où iels peuvent se poser, jouer...

Espace Mineures Trans Toulouse (EM2T) est une association qui accompagne les mineures trans, non-binaires et en questionnement ainsi que leur famille sur Toulouse et ses environs.

Vos permanences sont ouvertes aux mineures trans, non-binaires, en questionnement, mais aussi à leurs familles : en quoi consiste ce travail vis-à-vis des familles ?

Dans l’accompagnement global, il y a l’administratif, par exemple le changement de prénom, ainsi que le cadre scolaire et le soutien aux familles face aux institutions, car c’est là que s’exercent particulièrement les violences. On fait aussi un travail de médiation et de soutien à la parentalité. On a des cas de figure où c’est l’adulte qui nous contacte, qui souhaite soutenir l’enfant ou essayer de mieux comprendre, obtenir de l’aide. Et dans d’autres cas, c’est la personne jeune qui contacte, souhaitant rencontrer des pairs et ayant besoin d’aide pour être mieux comprise et soutenue par sa famille.

L’association est mixte, les bénévoles sont trans et cis, cela donne différents regards pour discuter avec les parents. Certains parents participent à l’association après en avoir bénéficié et c’est une richesse.

Ce sont majoritairement les mères qui font la démarche, faisant le travail de se former et de devenir « expertes », mais on note qu’il y a de plus en plus de pères qui viennent. On pense aussi important d’accueillir tout le monde, par exemple les frères et sœurs de l’enfant concernée, car l’association est un outil.

L’association Fransgenre [1] indiquait récemment que malgré leurs 22 formations proposées en 2025 à destination des personnels de santé, aucune endocrinologue ne s’était présentée et 85 % de celleux contactées refusent de prendre en charge les personnes trans. Comment les freins du corps médical à se former sur le sujet impactent-ils les mineures trans et non-binaire ?

En gros, la situation est beaucoup plus difficile pour les mineures. Par exemple à Toulouse, hors hôpital, aucune endocrinologue ne semble vouloir accepter de prise en charge.

On est face à un gros barrage avec les discours réactionnaires et d’extrême droite qui résonnent médiatiquement et qui influent. Des soignantes qui auraient pu être alliées osent moins maintenant. La proposition de loi d’interdiction des soins aux mineures trans a donné l’impression d’un aperçu pour la France de ce qu’est la réalité du corps médical. Même si on voyait déjà comment ils et elles se comportent avec les enfants, c’est décuplé quand iels sont trans.

À Paris, la loi semble mieux respectée grâce à 15 ans de militantisme et d’alliées dans le milieu hospitalier [2], mais il est cher pour les familles d’autres régions d’aller jusqu’à Paris pour en bénéficier.

Pancarte où il est écrit « Protect trans kids » (« Protégez les enfants trans »).
Ted Eytan

Vous avez récemment organisé une journée d’études en université. Comment développer aujourd’hui l’accès à l’information et sensibiliser un public plus large ?

On intervient à l’INSPÉ dans le cadre de la formation des futures enseignantes, c’est un premier levier important. Car l’un des premiers endroits où les jeunes commencent leur transition sociale et subissent les violences, c’est l’école. Donc il faut sensibiliser les adultes qui y travaillent. Pour intervenir directement en école, il faut un agrément, mais l’expression « mineures trans » agit comme un repoussoir, par peur des réactions. Il faudrait toutefois élargir le public à atteindre (maisons des jeunes et de la culture, maisons de quartier, etc.) et on n’est pas encore sur le créneau des soignantes. Les officiers d’état civil en mairie ne sont pas non plus formées, ne serait-ce que sur les bases d’un accueil respectueux sans biais adultistes. Les gens ne sont pas forcément consciemment transphobes, mais les enfants ne sont souvent pas reconnues parce qu’enfants.
Aussi, les journées d’études et les conférences que l’on peut donner sont des moments d’information pour s’adresser au public. L’inter-orgas est aussi absolument nécessaire : collectifs enfantistes, féministes, et autres organisations qui nous suivent et nous relayent...

Plus généralement, quelles revendications portez-vous pour améliorer les conditions d’existence des mineures trans et non-binaires ?

Il faut lutter contre l’adultisme. Reconnaître la parole de ces personnes, dont celles qui vivent des oppressions croisées, leur droit à l’autodétermination et à participer aux processus de décision qui les concernent.

Nous réclamons un accès facilité à des soins de santé couverts par l’assurance maladie, incluant le soutien psychologique, les bloqueurs de puberté et les hormones de substitution, selon les besoins individuels des jeunes. Nous demandons également la formation obligatoire des professionnelles de santé.

Nous exigeons des mesures strictes pour lutter contre la discrimination, le harcèlement et la violence dans les écoles, les espaces publics ou les foyers. Cela inclut de la sensibilisation et formation pour les enseignants enseignantes, les administrateurs et administratrices scolaires et les parents, des protocoles incluant l’utilisation correcte des noms et pronoms choisis, l’intégration de contenus éducatifs sur la diversité des genres dans les programmes scolaires, ou un accès aux loisirs et au sport plus serein. On demande aussi tout simplement l’application de lois existantes concernant les changements administratifs et la simplification des procédures pour les mineures.

Que peut-on dire de la situation spécifique à Toulouse ?

Les demandes de changement de prénom sont systématiquement refusées par la mairie et ne sont souvent même pas regardées. Puis les procureurs refusent en justifiant que l’enfant serait « trop jeune », alors qu’aucune loi n’encadre l’âge minimal sur la question ! Le juge familial fournit également ce motif de refus. On assiste à un retour en force de la pathologisation de la transition et notamment de la dysphorie. On refuse d’entendre l’enfant directement. Il faudrait faire du bruit autour de cette situation.

L’accès aux soins en général se détériore dans un contexte d’austérité et de désert médical.

Propos recueillis par l’UCL Toulouse

[1Association d’information et d’auto-support et de défense des droits des personnes trans – Fransgenre.fr.

[2Ce qui a donné naissance à Trajectoires jeunes trans (TJT), une plateforme d’information et d’orientation pour les enfants, adolescentes et jeunes adultes trans ou en questionnement de genre, leurs familles et leurs soignantes.

 
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