États-Unis : L’autoritarisme se fracture : une analyse américaine

L’administration Trump continue son avancée vers le fascisme depuis des mois, l’ICE, l’autorité gérant l’immigration et les douanes, lui servant de milice raciste afin d’éteindre toute contestation politique et sociale. Une autorité ayant déjà fait plusieurs mortes et emprisonné de nombreuses personnes désignées comme « illégales » sur le territoire dans le but de les déporter. Nous partageons ici la traduction d’un texte de Black Rose/Rosa Negra, organisation sœur de l’UCL aux États-Unis.
Les États-Unis sont secoués par des crises qui s’accélèrent et se superposent à tous les niveaux. Cette polycrise découle d’un monde de plus en plus déstabilisé auquel même la puissance impériale hégémonique des 30 dernières années – les USA – ne peut échapper. Le coût de la vie augmente, le chômage monte en flèche, les effets de la crise climatique deviennent plus évidents, sans parler du génocide en cours à Gaza, soutenu indéfectiblement par les États-Unis, et ce tandis que nous assistons au plus grand transfert de richesse de l’histoire des États-Unis vers les plus puissants. La détérioration du statu quo a conduit une grande majorité de la population à rejeter les institutions néolibérales qui renforcent ces crises et à rechercher des alternatives tant à droite qu’à gauche. Trump et son administration autoritaire n’étant que l’option la plus récente et la plus dangereuse à ce qui est proposée. Présentée comme une alternative, la deuxième administration Trump repose en réalité sur une coalition complexe, mais fracturée, des mêmes forces qui ont accru leur présence politique au cours des dernières décennies : les capitalistes des grandes entreprises technologiques, les populistes de l’America First, les nationalistes chrétiens blancs, les théoriciens du complot, les conservateurs de l’establishment et les fascistes purs et durs, pour n’en citer que quelques-uns.
Au cours de l’année écoulée, les éléments les plus xénophobes de cette coalition semblent avoir pris les rênes, accélérant leur programme nativiste et suprémaciste blanc. La figure principale derrière la machine suprémaciste blanche est Stephen Miller, chef de cabinet adjoint de la Maison blanche et conseiller à la sécurité nationale. Miller a été l’architecte clé de la plupart des questions nationalistes sous les deux administrations Trump, notamment des frappes états-uniennes au Yémen en mars dernier, des opérations militaires dans les Caraïbes qui ont abouti à l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro, ainsi que, plus spectaculaires encore, des méthodes et tactiques utilisées par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) [1] pour procéder à des déportations massives. Sous la direction de Miller, des agents masqués de l’État sont déployés pour occuper les villes, déchaînant une violence draconienne contre les non-citoyens, mais aussi contre les citoyens.
Une administration qui s’isole politiquement
Les récentes agressions menées au nom de l’administration Trump provoquent des fractures croissantes au sein de la classe dirigeante, fragmentant encore davantage sa coalition. Des expulsions effrénées aux droits de douane, en passant par les transactions commerciales clientélistes, la classe capitaliste se divise en deux camps : une aile protectionniste alignée sur le programme de Trump et une aile pro-mondialisation soutenant les mouvements de résistance légalistes et libéraux. Certaines des entreprises capitalistes les plus influentes, principalement dans les secteurs de la technologie et de la défense, soutiennent activement Trump : Amazon, Apple, Meta, Google, Microsoft, Palantir, Coinbase, Nvidia et Lockheed Martin, pour n’en citer que quelques-unes. Parallèlement, les petites et moyennes entreprises qui ne sont pas assez importantes pour conclure des accords avec l’administration ou qui cherchent à tirer profit de la mondialisation commencent à rompre les rangs. Par exemple, l’héritière de Walmart, Christy Walton, a été l’une des principales contributrices du plus grand mouvement de protestation libéral de 2025, le mouvement dit « No Kings » [2].
L’embrasement contre l’ICE
Il existe cependant une résistance populaire authentique et croissante à l’avancée de l’extrême droite dans le pays. Sur le terrain, partout où se rendent les agents de l’ICE, nous avons assisté à des mobilisations de masse et à des efforts de solidarité en faveur de la population migrante attaquée. Malgré certaines formes de résistance « militantes », certains mouvements sociaux font face à cette situation en s’organisant au sein même de nos lieux de lutte. À Durham, en Caroline du Nord, des enseignants et enseignantes, des étudiantes et étudiants ainsi que des parents se sont organisées pour empêcher l’ICE d’entrer dans leurs écoles. En Californie, des travailleurs et travailleuses de la santé ont pu intervenir lorsque des agents de l’ICE sont entrés dans leur hôpital. Les habitants et habitantes de la région de la baie de San Francisco se sont organisées sur leurs lieux de travail et dans leurs quartiers, ont affronté l’ICE dans les rues et ont empêché une vague de répression prévue à la suite des émeutes à Los Angeles. Dans l’exemple le plus récent, les syndicats, les associations de locataires et d’autres organisations communautaires ont mené la première grève massive à Minneapolis, dans le Minnesota, depuis plus de 80 ans. Cette action, associée au mécontentement général qui a suivi l’exécution en public de deux personnes du Minnesota par des agents de l’ICE, a contraint l’administration Trump à faire, pour l’instant, marche arrière. Plus d’un millier d’agents de l’ICE ont été retirés de Minneapolis, laissant sur place une force opérationnelle réduite. Certains bureaucrates de niveau intermédiaire ont été mutés et rétrogradés afin d’éviter à l’administration de nouvelles réactions négatives. Dans le même temps, les personnes ayant une réelle influence à la Maison Blanche restent en place, ce qui laisse présager que seuls des changements de façade seront apportés à la politique d’immigration.
En tant qu’anarchistes et révolutionnaires, et afin de nous montrer à la hauteur de la situation et de mettre fin au mouvement d’extrême droite qui envahit notre pays, nous devons généraliser ces actions et perturber le cours normal des choses. Nous devons construire le pouvoir populaire en consolidant les organisations bien implantées comme les conseils de quartiers et de travailleurs et travailleuses, les comités de défense, les assemblées populaires, en faisant remonter des revendications intermédiaires et en commençant à prendre le contrôle de nos villes. Aux États-Unis, c’est le travail que nous nous engageons à accomplir au sein de Black Rose/Rosa Negra Anarchist Federation. Nous sommes encouragées par ces prémices d’un mécontentement populaire et d’une révolution sociale, mais il reste beaucoup de choses à réaliser.
Black Rose/Rosa Negra





