États-Unis : S’organiser pour chasser l’ICE

Depuis début juin, des manifestations ont éclaté à Los Angeles pour protester contre des arrestations massives menées par l’agence américaine en charge de l’immigration. Face à l’État et à l’armée déployée pour mater les émeutes, nos camarades américains de l’organisation Black Rose/Rosa Negra ont publié un communiqué que nous vous traduisons ici. Ils et elles y donnent également quelques éléments pour lutter contre l’oppression étatique qui pourraient nous être utiles en France.
Le week-end dernier, à Los Angeles, les raids provocateurs de l’ICE [1] ont déclenché de vives protestations, les membres de la communauté s’étant mobilisées pour empêcher l’enlèvement et la terreur infligés à leurs voisins, leurs voisines et à leurs proches. Alors que la situation à Los Angeles semble s’aggraver avec la mobilisation de la Garde nationale par Trump et l’extension des manifestations à d’autres villes, notre section locale de la baie de Californie, en collaboration avec des membres de Los Angeles et de San Diego, a rédigé cette déclaration sur ce que la situation exige actuellement.
Le suprémacisme blanc à l’œuvre
L’administration Trump a fait de la défense violente de la suprématie blanche par des expulsions massives sa priorité numéro un. Jeudi dernier, les habitantes et habitants de Los Angeles se sont levés et opposés aux plans racistes de Trump en se mobilisant pour bloquer les raids de l’ICE. Des familles, des voisins, des voisines et des collègues ont résisté aux enlèvements dans leurs communautés et ont défié les agents fédéraux dans les centres de détention de l’ICE, offrant un exemple efficace à toutes celles et ceux qui veulent savoir comment résister aux attaques d’un régime de plus en plus autoritaire.
Le fait que la Californie soit un blue state (un État démocrate) et Los Angeles une « ville sanctuaire » n’a pas empêché le département de police de Los Angeles et ses unités du SWAT [2] de soutenir les raids et de réprimer la dissidence. En fait, l’ICE ne pourrait pas opérer à Los Angeles si la police locale et les shérifs n’étaient pas là pour réprimer les manifestants et manifestantes et défendre les biens de l’ICE.
Les démocrates, complices silencieux
Aujourd’hui, au lieu de contester l’invasion militaire de leur ville par Trump, les responsables du Parti démocrate suivent leur stratégie habituelle consistant à se coucher et à faire le mort, appelant au calme et déclarant que leurs forces de police peuvent réprimer les manifestations sans l’aide de la Garde nationale. Malgré leurs lamentations et leurs protestations feintes contre les activités de l’ICE, les politiciennes et politiciens démocrates locaux, régionaux et nationaux n’ont cessé de multiplier les efforts pour réprimer l’immigration et l’opposition massive aux expulsions. Le recours à la force militaire n’est pas le fruit de l’opposition des responsables du Parti démocrate mais résulte plutôt du fait qu’ils ouvrent la voie à sa prolifération par le biais de mesures répressives aux frontières, de politiques de logement abusives, de lois anti-travailleurs et travailleuses et de la collaboration de la police avec le département de la Sécurité intérieure.
Fondamentalement, le pouvoir des deux partis repose sur un monde de frontières qui entretiennent la violence des extraditions vers des détentions illimitées et la torture, la violence qui consiste à déclarer certaines personnes dignes de bénéficier des moyens de subsistance de base et d’autres non, et la violence qui consiste à éradiquer des populations. De Los Angeles à la Palestine, notre combat est mené contre l’Empire, ses agents et les frontières créées pour maintenir sa domination.
Un monde sans frontières est un monde fondé sur la communauté, la solidarité et l’épanouissement humain. Pour parvenir à un tel monde, il faudrait une révolution sociale qui supplante le pouvoir actuel du gouvernement et du capital. Dans l’intervalle, nous devons mobiliser dans ce combat la force combinée des mouvements sociaux et des organisations de masse. Seul le pouvoir populaire qu’ils et elles détiennent peut mettre un terme à la machine à expulser.
À court terme, notre pouvoir est le plus visible lorsque nous nous mobilisons en masse pour faire face aux activités de l’ICE dans nos communautés. Bien que Trump et les forces du MAGA [3] soient impatients de cette confrontation – car ils pensent qu’elle démontrera le « chaos et le désordre » des villes dirigées par les démocrates – la réalité est que la campagne d’expulsion de Trump est extrêmement impopulaire. Voir la Garde nationale battre et gazer des gens afin d’enlever les travailleurs et travailleuses, ainsi que les familles qui sont le fondement de nos villes, poussera probablement davantage de personnes, plutôt que moins, à se révolter.
Tout comme l’incendie du 3e commissariat de police de Minneapolis lors du soulèvement de 2020 a suscité une solidarité et un soutien massif, voir les personnes opprimées se défendre efficacement peut générer une immense sympathie, bien plus que le fait de suivre patiemment la loi et de jouer la carte de la sécurité. Nous devons saisir cette occasion pour intensifier et étendre la confrontation à d’autres villes en manifestant devant les bureaux et les centres de détention de l’ICE et en préparant des organisations de quartier et de lieu de travail capables de réagir aux raids lorsqu’ils se produisent.
S’organiser pour mieux les contrer
Pour ceux d’entre nous qui font déjà partie d’organisations telles que les syndicats, nous avons plus de pouvoir que nous ne le pensons si nous nous organisons pour apporter une réponse plus forte et plus coordonnée. Par exemple, les syndicats disposent de ressources importantes telles que de l’argent, des organisateurs et organisatrices expérimentées et le pouvoir du peuple, qui pourraient être mis à profit pour ralentir et arrêter la machine qui menace de nous écraser. Si vous avez eu du mal à pousser vos syndicats vers une action plus militante et que vous doutez du potentiel de ces structures, l’arrestation du président de SEIU Californie [4], David Huerta, pourrait inspirer davantage d’opportunités de changement de l’intérieur que nous n’en avons vues depuis des décennies. Ne manquons pas l’occasion d’exiger de nos syndicats qu’ils utilisent nos ressources pour mettre fin à l’ICE.
Des mesures simples peuvent, au fil du temps, renforcer notre capacité à lutter contre l’ICE et d’autres institutions « non-professionnelles » par l’intermédiaire de nos syndicats, par exemple :
• Rédiger puis organiser l’adoption de résolutions concrètes avec les comités exécutifs de nos syndicats ;
• organiser des événements éducatifs anti-ICE parrainés par les syndicats avec des collègues et des syndicalistes ;
• imprimer des brochures sur vos droits à l’intention de vos collègues ;
• forcer de manière préventive nos employeurs à nous protéger contre l’ICE par le biais de pétitions et de manifestations sur le lieu de travail ;
• obtenir dans votre convention collective des dispositions visant à vous protéger contre les descentes sur le lieu de travail ;
• amener vos collègues à la prochaine manifestation en dehors du lieu de travail.
Les syndicats de locataires, les organisations étudiantes et les groupes militants peuvent s’appuyer sur ces mêmes principes et tactiques. L’organisation d’assemblées populaires qui élaborent des plans d’action pour la défense de l’ensemble de la communauté peut aider à coordonner ces efforts. Le moment est venu d’approfondir notre compréhension de la manière d’agir collectivement avec plus de militantisme en tant que groupes de voisins, voisines, travailleurs, travailleuses, étudiants et étudiantes.
Le pouvoir est entre nos mains
Pour la majorité d’entre nous qui ne fait encore partie d’aucune organisation, le moment est venu de chercher des moyens de nous connecter avec les personnes qui nous entourent. Nous avons plus de pouvoir dans les mouvements de masse que dans les petits mouvements ou isolés. Nous devons prendre ce pouvoir au sérieux si notre objectif n’est pas seulement de lutter, mais aussi de gagner.
Nous ne pourrons peut-être pas effacer les frontières sur les cartes et démanteler la puissance militaire qui les fait respecter dès demain, après-demain ou le jour suivant, mais nous devons nous efforcer d’en faire notre objectif aujourd’hui.
Pour nous défendre contre l’ICE dès maintenant, il faut agir ; pour les empêcher d’entrer dans nos quartiers et sur nos lieux de travail, il faut s’organiser.
Cette déclaration a été écrite par le groupe de la région de la baie de San Francisco de Black Rose Rosa Negra (BRRN) et approuvée par les sections locales de Boston et Durham. Elle ne reflète pas la position de la Fédération dans son ensemble.
Groupe de la baie de San Francisco de Black Rose/Rosa Negra





