Europe : Effondrement annoncé ?

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Les diverses justifications capitalo-financières de la réforme des retraites permettent le maintien d’un discours ultralibéral. L’Europe crève du libéralisme ? Peu importe, continuons de faire l’autruche.

À hue et à dia. Entre le marteau et l’enclume. Tombée de Charybde en Scylla. Voilà où en est l’Europe. Et si les chantres (prononcez chancres) du libéralisme libérateur disent le contraire, c’est qu’ils mentent. Point final.

Tous les indicateurs sont au rouge aiment à dire les analystes. 2011 va être l’année de toutes les tensions et de tous les effondrements pour l’économie européenne. Un « expert » du Monde qui a lu Adam Smith prévient tout de même : « ne voir dans la situation actuelle que la guerre de tous contre tous serait une erreur » [1]. Jugez plutôt :

Double tension

Le continent est sous une double tension. Contrainte externe : le jeu des liquidités entre Chine et États-Unis. La première ayant cumulé des stocks de devises continue de tenir un Yuan faible qui avantage toute son économie, ses investissements à l’étranger la rendant propriétaire de pans entiers de l’immobilier et de l’économie mondiale. D’où l’envie qu’ont tous les gouvernants de la séduire et de tout lui céder. En même temps, la Chine impose une pression terrible aux Etats-Unis qui n’en demandaient pas tant (chômage record, des millions de SDF dépossédés par les saisies immobilières…) et profitent d’un dollar faible pour mettre la pression sur l’Europe. Celle-ci tient tant à son euro fort qu’elle pénalise ses exportations et s’empêche de trouver, au dehors, l’oxygène dont elle a besoin. Voilà pour ce que les économistes appellent la « bataille monétaire » : elle se joue à l’échelle mondiale.

À l’intérieur de ses frontières, toute l’Europe est au régime « rigueur ». Financièrement justifiables quoique injustes (Grèce, Irlande, Espagne), ou tactiques (France), la rigueur est une forme de réponse à la tension extérieure : encouragé par le FMI, le vieux continent fait payer à ses populations les dérives du système financier et capitaliste mondial.

Toujours est-il que nous avons, d’un côté des pays pauvres qui ont payé plusieurs fois leur écot aux banques et autres profiteurs – l’Irlande en est à son troisième plan de rigueur, la Grèce est exsangue – qui tirent le continent vers le bas économiquement. De l’autre côté, des pays riches, comme le fameux couple franco-allemand, dont seule la deuxième moitié s’en sort mais qui est plombée par les contre-performances du reste de la CEE. La rigueur ajoute à l’affaiblissement du potentiel économique, et s’additionne d’un désemparement moral profond. Ce qui n’encourage pas les « ménages » à renouer avec la consommation.

En embuscade… de nouvelles crises

À monnaie surévaluée – avec morgue, avec bravade ! – s’ajoute donc la déconsommation. Irlande : 14% de chômage et « pauvreté des enfants », et bientôt sous tutelle. Espagne, 20% de chômage, et après un gonflement artificiel de l’économie par le bâtiment, le pays ne dispose d’aucun plan de rechange. Portugal, Grèce, Islande… Fouettée par le FMI, l’économie européenne s’annonce… récessive, plus que morose, sans doute catastrophique.

Car au coin du bois, attendent de nouvelles crises. Suivant la crise des subprimes de 2007 une deuxième vague de prêts « révisables », (Alt-A et Option ARM), arrive à échéance. Ils s’additionneront de produits d’assurance toxiques, les CDS [2]. Et si l’année 2011 ne suffit pas à mettre à terre une économie mondiale à peine convalescente de la crise de 2007, attendons 2013. C’est l’immobilier commercial qui va se retrouver en cessation de paiement, entraînant fatalement le reste du monde avec lui.

Pendant ce temps, tout le poids des remboursements des crises en cours et à venir, est porté par le monde du travail : nous. Prudent, le FMI se garde bien de se prononcer ouvertement sur la prochaine crise, mais s’occupe d’engranger avant la pluie. Mais : « dans les économies développées […] les risques sont que la croissance soit plus faible que prévu, l’incertitude élevée sur les marchés financiers constituant un sujet d’inquiétude particulière ». [3]

Dans une Europe sans objectifs ni politiques budgétaires convergents, aux populations précarisées, appauvries, démoralisées, que vont faire FMI et Etats ? Profiter du chaos pour « proposer » l’aide financière, à la condition que les économies « archaïques » se plient au dogme libéral, se structurent en conséquence – crédit, privatisation, rationalisation des commerces traditionnels autour de quelques enseignes à la puissance planétaire (Carrefour, Ikea, Wal-Mart…), pendant que les dettes des pays restent actives. La question n’est pas de savoir si ces vagues vont arriver, mais quand. Leur violence ne fait, en revanche, aucun doute.

Comment les gouvernements réagiront-ils ? Par la terreur d’Etat, le totalitarisme ? Et nous, après en avoir tâté, en Grèce, en Espagne, et désormais en France, sommes nous prêts ?

Cuervo AL95

[1Supplément économique du Monde du 19 octobre 2010.

[2Credit Default Swap : formes d’assurance contre le non-paiement de dettes financières, crédits…

[3Note du FMI aux délégués du G20, publiée le 10 septembre 2010.

 
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