Football : La FIFA et les USA marquent contre notre camp

Alors que les États-Unis, l’un de des trois pays hôtes de la Coupe du monde, s’enorgueillissent de leurs politiques racistes en sanctionnant certaines sélections nationales de manière ciblée, les médias du monde entier décident de fermer les yeux. L’impact d’un tel événement touche pourtant des milliards de personnes et offre une vitrine médiatique comme on en voit rarement.
La Coupe du monde de football est le plus grand événement sportif mondial. Cette édition 2026, qui se déroule au Canada, au Mexique et aux États-Unis, le démontre à nouveau avec des audiences monstres. Mais en dehors des terrains, comme souvent dans ces événements, l’image est moins reluisante. Confirmant leur racisme exacerbé, les États-Unis de Trump ont interdit la venue de supporters de plusieurs pays (Haïti, Iran, Cote d’Ivoire, Sénégal), ou ont très fortement limité les visas d’autres – quasi exclusivement des pays à majorité non-blanche en Afrique, Asie ou Moyen-Orient. Les équipes de football de plusieurs pays comme le Sénégal, l’Ouzbékistan ou l’Irak ont parfois même été soumises à des traitements humiliants (blocage à la douane de plusieurs heures, fouilles corporelles, inspection des bagages à l’aide de chiens...), voire pour l’Iran une interdiction de rester sur le territoire états-unien plus d’une journée, les obligeant à partir juste après leurs matchs. Alors que les États-Unis ont bombardé leur pays et continuent de faire souffrir sa population, la sélection iranienne doit subir cette humiliation supplémentaire. Un arbitre somalien s’est aussi vu refuser l’entrée sur le sol états-unien à cause de la rhétorique anti-somalienne constante de Trump [1]. Alors que par le passé, la Fédération internationale de football association (ou FIFA, qui organise la compétition) avait réussi à imposer des lois à des gouvernements [2], elle s’est pliée à la volonté de Trump, nouveau meilleur ami de Gianni Infantino, président de la fédération.
Ce qui frappe dans ces actions racistes, c’est l’impunité dévoilée au grand jour. L’administration Trump ne cherche pas à le cacher ni même à essayer de redorer son blason. Lorsqu’un événement d’une telle ampleur est organisé par un gouvernement autoritaire (l’Argentine en 1978, la Russie en 2018, le Qatar en 2022 ou même l’Allemagne Nazie avec les JO de 1936), ce dernier cherche en général à faire bonne figure, à montrer qu’il n’y a pas de problèmes. L’événement sportif est alors un moyen de se refaire une réputation, même si cela ne fonctionne pas forcément à long terme. Par racisme, idiotie ou par simple arrogance (sûrement une combinaison de tout cela), les États-Unis ne le tentent même pas. La volonté de rester hostile aux personnes racisées et d’imposer sa vision par la contrainte prime. Voir Trump assumer cette politique devant les caméras du monde entier laisse augurer du pire pour la suite de son mandat.
Des coûts francs
À tous ces traitements racistes s’ajoutent des prix exorbitants pour les matchs et les transports. Des coûts pour les villes hôtes, au détriment des services publics, qui ne seront couverts ni par les milliards de bénéfices de la FIFA, ni par les guéguerres de marques guidées par l’appétit capitaliste de la fédération. De ce côté là, rien de nouveau. Il s’agit d’achever ce qui n’est déjà plus une fête populaire depuis bien longtemps et qui vise à extraire toute la richesse possible au profit de la FIFA. Et tant pis si les populations locales doivent en payer les coûts.
Devant tant de problèmes qui s’accumulent, on aurait pu attendre qu’un mouvement de protestation de grande ampleur voie le jour, sur place et dans le reste du monde. Malheureusement, les tentatives sont restées vaines.
Si un boycott total semble irréaliste [3], on aurait pu s’attendre a minima à un débat comme pour le Qatar en 2022. Il n’en a presque rien été. Comme souvent quand il s’agit des États-Unis, tout est passé sous silence et les problèmes vite évacués. Il est d’ailleurs ironique de constater que ceux qui appelaient à boycotter le Qatar soient bien silencieux aujourd’hui. Il ne faut cependant pas aller trop loin dans l’autre sens en exonérant le Qatar. Il convient de rappeler qu’au moins 6 500 ouvrières et ouvriers d’origine népalaise ou indienne sont décédées dans des conditions de travail atroces pour construire les stades qataris. C’est donc une double critique raisonnée des deux pays hôtes qu’il faut opérer.
Ramener la lutte à la maison
Il faudra aussi se poser la question de notre impuissance face à ces grands évènements sportifs. Alors que l’on annonçait des grèves et des blocages pour les JO de 2024 à Paris à grands cris de « pas de retraite, pas de JO », il n’y a finalement pas eu grand chose. Pour cette Coupe du monde, l’échec en France est cuisant. S’il est évident que la machine médiatique a vite évacué le débat, il faut aussi noter que le mouvement social et la combativité sont à un niveau très bas, et que s’emparer du sujet n’intéressait pas grand monde. Il est pourtant impératif d’arriver à construire les luttes en se servant de ces événements qui ont une forte portée médiatique pour obtenir des avancées.
La seule exception notable se déroule au Mexique, où des manifestations de plusieurs milliers de personnes ont lieu en marge de la Coupe du monde pour pointer l’inaction du gouvernement mexicain dans la crise des 135 000 personnes disparues dans le pays. Ces disparues sont pour beaucoup des personnes kidnappées, tuées ou trafiquées par des groupes criminels, des cartels et parfois même la police. Depuis plus de 20 ans, cette crise continue dans l’indifférence générale. Alors qu’en 2025, on a retrouvé des charniers avec restes humains dans l’État du Jalisco, les manifestations et demandes de moyens au gouvernement ont redoublé d’intensité. Portées par les familles, et principalement les mères, ces protestations espèrent profiter de l’attention donnée à cette compétition pour se faire entendre.
Ces manifestations, si elles ont le mérite d’exister et de démontrer le courage impressionnant des familles et collectifs, ont malheureusement un impact encore trop faible. Il faut espérer qu’elles grandissent et ne tombent pas dans le silence une fois la Coupe du monde terminée. Que l’on soit fan ou non de football, il est de notre devoir militant d’amplifier les luttes contres ces événements et d’essayer de les faire redevenir une fête populaire, loin de la FIFA et des autoritaires de tout poil.
Sano (UCL Marseille)





