Forêt et filière bois en Nouvelle-Aquitaine : Le syndicalisme envoie du bois
Les enjeux écologiques (climat, eau, biodiversité…) liés à la forêt placent son exploitation au cœur des enjeux entre « fin du mois » et « fin du monde ». Pourtant le syndicalisme peine généralement à s’enraciner dans cette filière et à mobiliser. Les grands projets capitalistes surréalistes aideront-ils à changer la donne malgré eux ?
La CGT s’est retrouvée pleinement engagée dans deux mobilisations en Limousin contre un projet d’extension d’une méga-scierie et d’implantation d’une grosse usine à pellets. En terme d’emplois, la filière bois est modeste et plutôt éclatée en petites entreprises : travail en forêt, scieries, construction, ameublement, papier-carton, biomasse. Et le syndicalisme est très peu implanté, malgré un bastion dans le papier-carton et une force relative dans les grandes entreprises de construction. Pourtant, la CGT joue un rôle reconnu dans la mise en place d’un large réseau associatif très actif. En Creuse, la préfecture a ainsi répondu favorablement à sa demande de création d’un observatoire des forêts et de la filière. Dans le prolongement des manifestations à Guéret et Pau, dont le journal a rendu compte [1], le comité régional CGT de Nouvelle-Aquitaine a organisé une journée de réflexion en octobre dernier. Celle-ci a réuni une trentaine de responsables syndicaux avec l’objectif de préparer un document d’orientation qui sera soumis aux déléguées de la prochaine conférence régionale au printemps 2026.
Toujours au prétexte que le bois serait une énergie « propre puisque renouvelable », quatre nouveaux projets inquiètent particulièrement. Deux d’entre eux sont sur des créneaux connus : une méga-usine à panneaux de bois et une nouvelle installation géante de production de pellets. Les deux autres sont franchement surréalistes. Nous trouvons d’un côté une usine pour produire du « bio-kérozène » pour les avions et ainsi viser un marché ouvert par l’obligation faite aux compagnies aériennes de baisser leurs émissions de CO2. De l’autre côté, une usine de production de « bio-charbon » pour fertilisant agricole via un traitement par pyrolyse du bois qui consommerait des quantités invraisemblables d’électricité…
Il faut ajouter à ces projets, qui pour plusieurs milliards d’euros d’investissement promettent en tout quelques centaines d’emplois, le développement des réseaux de chaleur en biomasse de plusieurs grandes villes. C’est en prenant en compte tous ces projets que le Conseil régional (majorité PS/PCF) a voté une augmentation de 25 % de récolte forestière. Ceci alors que l’interprofession elle-même s’alarme sur la disponibilité de la ressource : « Le massif ne pourra pas répondre à une demande nouvelle si écrasante. La ressource disponible d’ici 2036 suffira tout juste à répondre à la demande des entreprises déjà installées, sans aucune marge de sécurité en cas d’événement extrême » dénonce la Fédération régional des industries du bois de Nouvelle-Aquitaine (Fibna). Reste à faire partager la prise de conscience plus largement parmi les cadres syndicaux et, peut-être plus difficile encore, à mobiliser les salariées et en particulier celles et ceux qui travaillent dans la filière.
Jean-Yves (UCL Limousin)





