Forum social mondial : Le boycott actif des libertaires tunisiens

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Le Forum social mondial (FSM) a eu lieu à Tunis du 26 au 30 mars au sein de l’université El Manar de Tunis. Les libertaires tunisiens ont fait surgir la contestation au sein de ce Forum controversé.

Les forums sociaux permettent à de nombreux militantes et militants, syndicalistes, associatifs du monde entier de se retrouver, de se rencontrer et d’échanger [1]. Mais c’est un outil qui comporte des limites : c’est ce que le mouvement Désobéissance, un mouvement libertaire tunisien nouvellement créé et dont les membres ont participé activement à la révolution, a cherché à mettre en évidence au sein même du Forum. Il a en effet décidé de le boycotter, sans que ce boycott ne soit pour autant passif.

Les forums sociaux réunissent de nombreux anti-libéraux, qui ne veulent pas forcément remettre en cause le capitalisme mais seulement en corriger les excès. Les populations locales sont souvent exclues de fait des forums. L’entrée du FSM de Tunis était ainsi payante, et les frais d’inscription pour y organiser quelque chose étaient trop élévés pour des groupes de base aux ressources limitées. Mais ce FSM servait surtout de vitrine politique. Dans le contexte tunisien actuel, il constituait un enjeu pour la partie bureaucratique de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), le principal syndicat tunisien, tout comme pour le gouvernement d’Ennahda. Il s’agissait de contrebalancer la mauvaise image que nos médias renvoient de la Tunisie (chaos politique, surmédiatisation des salafistes, etc.) et de tenter de gagner une image respectable.

Avec des libertaires venus de France (dont des membres d’AL), de Pologne, d’Italie, le mouvement Désobéissance a investi un espace au sein même du FSM. Le camp autogéré, avec des tables de presse et une cuisine solidaire qui offrait des repas à un dinar, fut tenu durant toute la semaine. L’espace était occupé de jour comme de nuit, et plusieurs initiatives furent organisées.

Espace libertaire

Aux côtés de l’Union générale des étudiants de Tunisie (UGET), qui a officiellement annoncé son retrait du FSM en raison de la présence d’organisations sionistes, les militants de Désobéissance ont organisé une manifestation anticapitaliste et antisioniste dans le Forum, pour protester contre la compromission des organisateurs avec le pouvoir. Le soutien aux travailleurs du bassin minier de Gafsa, qui s’étaient fait tirer dessus la veille, y fut affirmé.

Les libertaires ont organisé leur propre assemblée générale le vendredi 29. La parole fut notamment donnée aux femmes de ménage du Forum, qui travaillaient parfois treize heures par jour et dont les heures supplémentaires n’étaient pas payées. Nous avons aussi pu écouter les refugié-e-s africains du camp de Choucha, à la frontière lybienne, qui sont bloqués depuis deux ans dans le désert. La responsabilité des guerres impérialistes dans cette situation fut soulignée. Une AG de rue s’est tenue dans le centre de Tunis le jour de la clôture du Forum, pour créer un espace populaire de parole.

Par ce boycott actif, les camarades de Désobéissance ont su amener la contestation au sein du Forum et pointer ses contradictions. Expérience d’auto-organisation et de réappropriation politique, ce fut aussi un moment chaleureux de rencontres et d’échanges entre camarades libertaires des deux rives.

Nicolas Pasadena (AL Montreuil)

[1Voir « Un outil plein de contradictions » dans AL n° 227 d’avril 2013

 
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