Guyane : L’État français tente de brader le sous-sol

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La Guyane est un département français lointain ou plutôt “ confetti ” de l’Empire colonial français dont on parle peu... et pourtant ! Un morceau de l’Amazonie... “ poumon de la Terre ” ou encore patrimoine mondial... Un environnement unique pour “ notre ” belle France.

On y trouve une richesse très convoitée (ce n’est pas le métissage culturel qui nous vient de l’immigration qui intéresse l’État ou les multinationales). Une richesse contenue dans le sol de la Guyane : l’or. Et bien, cet or, l’État s’apprête à le brader. Il voudrait vendre une richesse, dont la population guyanaise pourrait disposer, à une entreprise multinationale canadienne “ peu fréquentable ”, la société Cambior rachetée par IAM Gold. Au moment où le président Chirac joue la carte “ Environnement ” sur la scène internationale, se permettant même de faire la morale à d’autres États sur le thème du développement durable, son État est sur le point de nous imposer un projet dégueulasse.

Environnement sacrifié

Le site convoité par la multinationale se trouve au sud des marais de Kaw. Il est entièrement recouvert de forêt primaire. Ce site est classé et fait également l’objet de plusieurs mesures de conservation : c’est une réserve naturelle qui abrite notamment 700 espèces de végétaux, 100 espèces de mammifères et 254 espèces d’oiseaux. C’est aussi l’unique sanctuaire des caïmans noirs en Guyane, espèce protégée car menacée d’extinction.

Sans parler des menaces pesant sur cet écosystème, il existe des risques importants de contamination des eaux potables, eaux de surface et souterraines, mais aussi des sols. Les habitant-e-s du village de Kaw sont menacé-e-s par les poussières et autres nuisances générées par l’exploitation minière industrielle. Aussi, l’installation de Cambior se fait sur une partie importante de la zone de subsistance des amérindiens Palikur. Mentionnons encore la circulation sur nos routes de camions remplis de produits chimiques (cyanure, etc.).

Les risques pour la santé publique sont considérables (quantité énorme de déchets tels cyanure, arsenic, plomb...) et irréversibles (et les générations futures ?). Cambior se targue de créer 300 emplois. Il s’agit en fait d’emplois précaires puisque limités à une durée de 7 ans. Des emplois non qualifiés tandis que l’encadrement serait canadien, comme toute la gestion d’ailleurs.

En échange d’emplois, elle serait prête à bénéficier de nombreux avantages : défiscalisation (33 % de l’investissement, soit 28 millions d’euros). Des détaxes comme l’impôt sur les sociétés, les impôts locaux, et même les taxes sur le carburant.

Le seul bénéfice serait les “ 0,5 % ” environ de la taxe sur l’or , c’est-à-dire pour 1 kg d’or à 15 940 euros, il y aurait 56,25 euros reversé pour les collectivités (département, région et commune réunies). Les retombées directes d’un tel projet sont insignifiantes, d’autant plus que l’or est une richesse non renouvelable.

Démocratie de marché

Comme il est beau leur système soit disant fondé sur le grand concept de démocratie... Personne ici n’a le choix - ni le pouvoir - de faire quoi que ce soit. L’État a choisi et c’est lui qui exploitera notre sous-sol. Cet État qui est à 8 000 km, sur un autre continent... avec ses particularités bien à lui veut imposer un modèle de développement sans prendre en compte les besoins de la population, en privilégiant ses intêrèts par rapport à ceux des habitant-e-s de la Guyane : un développement fondé sur le super profit, le capitalisme pur et dur (logique des multinationales), celui qui pille la planète sans scrupule. Le peuple Guyanais ne devrait-il pas pouvoir avoir le choix de l’exploitation de ses richesses ?

Le projet n’est pas encore adopté. Le fameux feu vert tant attendu par Cambior n’a pas été donné. Mais tout est une question de temps, car un nouveau dossier sera présenté avant la fin de l’année, et rien n’est gagné pour les opposant-e-s à ce projet. Il y a déjà une dizaine d’années de prospection déjà payées par Cambior, ils sont d’ailleurs physiquement présents en Guyane. Une partie du terrain est déjà défrichée et les concessions sont acquises (signature d’une convention d’occupation précaire l’autorisant à déboiser certains terrains en 2004). Aussi, du matériel est arrivé tels que des camions. La construction du terrain de vie à côté du site a déjà débuté. Il y a même de la publicité pour le projet dans la presse locale. Sans parler de l’accord tacite de l’État : permis de recherche minière accordé dès 1994 par l’État, renouvelé en 1998 et en 2002. La DRIRE (Direction régionale de l’industrie de la recherche et de l’environnement) et la DIREN (Direction régionale de l’environnement) se disaient même favorables à un titre minier en 2004.

Le terrain en Guyane appartient à l’État, ce qui pose un gros problème à la population pour acheter. Pourtant, ce site remarquable est vendu à un prix modique à la CBJ (contrairement aux habitant-e-s guyanais-es qui aimeraient s’installer et cultiver et auxquels on ne vend pas de terre).

Aussi, Cambior (déjà rachetée par IAM Gold) est une multinationale “ peu fréquentable ”. Nos voisins du Guyana et du Surinam en ont déjà fait les frais : accident à Omaï engendrant le déplacement de certaines populations vivant le long d’un fleuve, destruction de tout un écosystème. Plaintes à Rosebel et grèves sur les conditions de travail, le non-respect de la législation et de l’environnement. Cette multinationale fait aussi l’objet de procès multiples dans de nombreux pays, en Afrique notamment. En Guyane aussi elle se prépare à faire subir un désastre écologique, par la voie de pratiques douteuses, voir illégales (droit de passage des Palikours).

Des éléments du dossier nous échappent probablement : accords bilatéraux entre la France et le Canada. Certains mentionnent l’achat d’uranium pour nos centrales ou encore la facilité d’implantations d’entreprises françaises au Canada.

Un État comme la France brade à une multinationale une richesse économique dont seul le peuple Guyanais pourrait disposer légitimement. Le temps des colonies n’est pas fini en Guyane !

AL Guyane

 
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