Politique

Haute-Loire : retour du « délit de solidarité » ?

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Véronique et Éric, qui ont accueilli deux mineurs isolés dans leur foyer, font l’objet d’une répression aussi féroce qu’injustifiée de la part de la Police aux frontières. Récit d’une affaire kafkaïenne.

Le jeudi 16 septembre 2021, nous étions convoqué·es par la Police aux frontières (PAF) dans les locaux de la gendarmerie locale. La PAF avait refusé de nous dire s’il s’agissait d’une audition libre et même de fournir un motif. Mais nous nous doutions que c’était en lien avec Madama, l’un des deux jeunes Maliens que nous avons accueillis chez nous pendant deux ans. Les deux jeunes, alors mineurs isolés, nous avaient été confiés par la juge pour enfants au titre de tiers dignes de confiance (TDC) jusqu’à leur majorité.

À 8 heures, nous nous sommes donc présenté·es à la gendarmerie, où la PAF nous a immédiatement séparé·es et placé·es en garde à vue. À partir de ce moment et jusqu’à la fin de la garde à vue, qui s’est terminée dans l’après-midi, nous n’avons pas été autorisé·es à communiquer l’un avec l’autre. Notre domicile a été perquisitionné sous nos yeux. La perquisition s’est soldée par la saisie de deux ordinateurs personnels et d’un téléphone portable.

De retour à la gendarmerie, nous avons subi, séparément, un interrogatoire dans le cadre d’une enquête préliminaire dont l’objet concernerait une supposée affaire de faux papiers. Les délits allégués (complicité de faux et d’usage de faux et tentative d’obtention de documents sur la base de faux) sont passibles de lourdes peines. Nous réfutons en bloc ces accusations de malversations dans le but supposé d’obtenir un titre de séjour pour Madama. Celles-ci sont totalement infondées. Sauf erreur, ce serait la première fois en France qu’une famille qui accueille des mineurs isolés serait poursuivie pour de tels motifs.

On constate clairement une volonté de répression particulièrement marquée et persistante. Cette mise en cause de TDC vise à faire naître des doutes sur notre honnêteté et à nous discréditer auprès des très nombreux soutiens qui se sont manifestés lors de la mobilisation en faveur de Madama au printemps dernier. Rappelons qu’une pétition a rassemblé pas moins de 38 000 signataires.

Une démarche qui vise à faire peur et à décourager

Nous avons déjà subi, au cours des mois précédents, des attaques publiques de la part du préfet de Haute-Loire, Éric Étienne, ainsi que des menaces de poursuites de la part de la PAF. Cette garde à vue est révélatrice d’un acharnement renouvelé à notre encontre et de la violence judiciaire qui suit de plus en plus les violences policières.

C’est aussi une démarche qui vise à faire peur et à décourager toutes les personnes et les familles qui viennent en aide aux jeunes migrants et migrantes ainsi qu’à leurs familles  ; stratégie qui va de pair avec les méthodes de l’État pour fabriquer des sans-papiers et clochardiser des exilé·es, afin qu’ils et elles soient mieux exploité·es par un patronat négrier.

Localement, un communiqué de soutien de RESF a été signé par une vingtaine d’organisations allant d’Emmaüs à l’UCL, par des syndicats (SUD, CGT, FSU, UNSA). Nationalement un communiqué unitaire a été signé par de nombreuses organisations syndicales. Depuis, nous attendons de savoir si le procureur classe l’affaire sans suite, ou s’il nous met en examen.

Véronique et Éric (UCL Le Puy)

 
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